On pensait le sujet définitivement réglé. Interdit comme additif alimentaire en France depuis 2020, puis dans toute l’Union européenne en 2022, le dioxyde de titane devait avoir disparu de notre alimentation. Pourtant, une étude scientifique française récente vient bouleverser cette certitude : cette substance controversée est toujours présente… et dans tous les types de lait.
Lait infantile, lait maternel, lait animal : aucun n’est épargné. Une découverte préoccupante, en particulier pour les nourrissons, qui relance les débats sur l’exposition environnementale aux nanoparticules.
Une étude française qui met en lumière une contamination généralisée
L’alerte provient d’une étude menée par des chercheurs de l’INRAE, de l’AP‑HP, du CNRS et du synchrotron SOLEIL. Leurs travaux ont été publiés dans la revue scientifique Science of the Total Environment et relayés par le site Futura.
Grâce à des techniques de spectrométrie de pointe, les scientifiques ont analysé différents types de lait afin de détecter la présence de dioxyde de titane, aussi connu sous le nom d’additif E171. Les résultats sont sans équivoque : la contamination est massive et largement répandue.
Lait infantile, maternel, animal : aucun n’est épargné
Les chiffres révélés par l’étude sont particulièrement frappants :
- 100 % des laits animaux analysés, qu’ils soient frais ou en poudre, bio ou non, contiennent des nanoparticules de dioxyde de titane
- 83 % des laits infantiles du commerce sont contaminés, pour toutes les tranches d’âge de 0 à 36 mois
- 100 % des laits maternels étudiés présentent des niveaux mesurables de dioxyde de titane
Dans certains laits infantiles, les chercheurs ont mesuré jusqu’à 3,9 milliards de particules par litre. Chez les mères allaitantes, les concentrations varient fortement, certaines présentant des niveaux jusqu’à quinze fois supérieurs à d’autres.
Une substance interdite… mais toujours omniprésente
Classé comme cancérogène possible pour l’humain par le Centre international de recherche sur le cancer depuis 2006, le dioxyde de titane a été interdit comme additif alimentaire afin de limiter les risques, notamment chez les populations les plus vulnérables.
Mais cette interdiction ne concerne pas l’ensemble de ses usages. Le dioxyde de titane reste largement utilisé dans de nombreux produits du quotidien : cosmétiques, crèmes solaires, dentifrices, médicaments, peintures, plastiques ou encore matériaux industriels. Cette omniprésence explique une exposition chronique difficile à éviter, même en dehors de l’alimentation.
Le lait maternel, reflet direct de l’exposition environnementale
L’un des enseignements majeurs de l’étude est la capacité du dioxyde de titane à franchir la barrière de la glande mammaire. Autrement dit, ce qu’une femme respire, mange ou applique sur sa peau peut se retrouver dans son lait et être transmis à son bébé.
Pour les chercheurs, le lait maternel devient ainsi un véritable indicateur de l’imprégnation environnementale. Ce constat est d’autant plus inquiétant qu’une étude publiée en 2020 avait déjà démontré que ces nanoparticules peuvent traverser le placenta et atteindre le fœtus pendant la grossesse.
Un signal d’alerte pour les parents et les autorités sanitaires
À ce stade, les scientifiques se veulent prudents. Les effets précis de cette exposition précoce sur la santé des nourrissons ne sont pas encore totalement connus. Toutefois, le signal est clair : la présence généralisée de dioxyde de titane dans le lait pose un réel problème de santé publique.
Cette étude ne constitue pas une conclusion définitive, mais un point de départ majeur. Les équipes de recherche prévoient désormais d’élargir leurs travaux à d’autres populations et de mieux comprendre l’impact de cette exposition multiple sur les organes en développement des bébés.
Pour les parents comme pour les autorités sanitaires, cette révélation relance une question essentielle : comment protéger efficacement les plus jeunes face à des substances interdites… mais toujours présentes dans notre environnement quotidien ?