Avant de devenir l’un des acteurs les plus célèbres de la planète, Sean Connery a connu les petits boulots, les fins de mois difficiles et une jeunesse très éloignée des paillettes d’Hollywood. Derrière James Bond se cachait surtout un Écossais parti de presque rien, dont la vie a pris une dimension qu’il n’aurait probablement jamais osé imaginer enfant.
Lorsque Sean Connery apparaît à l’écran dans James Bond 007 contre Dr No en 1962, quelque chose se passe immédiatement.
Costume impeccable, démarche assurée, voix grave et regard magnétique : à 32 ans, l’acteur écossais impose en quelques scènes une nouvelle définition de l’élégance masculine.
Le public découvre James Bond.
Mais derrière cet homme capable d’entrer dans un casino comme s’il en était propriétaire se cache une histoire beaucoup moins glamour.
Car Sean Connery n’est pas né dans une famille de cinéma. Il n’a pas grandi dans les beaux quartiers de Londres et personne ne lui a ouvert les portes d’Hollywood.
Son histoire commence dans un milieu populaire d’Édimbourg.
Une enfance modeste à Édimbourg
Thomas Sean Connery naît le 25 août 1930 à Édimbourg, en Écosse.
Son enfance se déroule à Fountainbridge, un quartier ouvrier de la ville. Son père travaille notamment comme ouvrier et chauffeur, tandis que sa mère est femme de ménage.
À la maison, l’argent est compté.
Le futur acteur grandit donc très loin du monde auquel son nom sera plus tard associé : les palaces, les voitures de luxe, les smokings et les premières internationales.
À l’adolescence, il quitte assez tôt l’école et commence à travailler.
Parmi les emplois qu’il exerce figure celui de livreur de lait. Chaque matin, bien avant que la ville ne s’éveille complètement, le jeune Sean parcourt les rues d’Édimbourg pour effectuer ses livraisons.
Difficile d’imaginer aujourd’hui que l’un des hommes les plus célèbres du cinéma britannique a commencé sa vie professionnelle de cette manière.
Pourtant, cette jeunesse explique peut-être une partie de ce qui fera plus tard sa force.
Sean Connery ne semble jamais avoir considéré la réussite comme quelque chose qui lui était dû.
Des petits boulots avant les plateaux de cinéma
Avant de devenir acteur, Connery touche à beaucoup de métiers.
Il travaille notamment comme ouvrier, mannequin pour des artistes et exerce différents emplois alimentaires. Il s’engage également dans la Royal Navy alors qu’il est encore très jeune, avant de devoir quitter l’armée pour des raisons médicales.
À cette époque, le cinéma n’est toujours pas un projet évident.
Connery s’intéresse surtout au sport et développe un physique impressionnant grâce à la musculation. Il participe même à des compétitions de culturisme.
Et c’est finalement cette combinaison de hasard, de physique et d’opportunités qui va progressivement le rapprocher de la scène.
Il commence à obtenir de petits rôles au théâtre puis à la télévision.
Rien de spectaculaire.
Pas encore.
Les apparitions sont modestes et les contrats irréguliers. Mais Sean Connery apprend son métier sur le terrain.
Il observe, travaille sa voix, améliore son jeu et commence à attirer l’attention.
Quelques années plus tard, une opportunité va complètement changer sa vie.
Le rôle que personne ne pouvait encore mesurer
Au début des années 1960, les producteurs cherchent l’acteur capable d’incarner au cinéma le héros créé par Ian Fleming : James Bond.
Le choix de Sean Connery ne semble alors pas évident.
Il n’est pas encore une immense vedette. Son accent écossais est marqué et son parcours est très différent de celui des acteurs britanniques traditionnellement associés aux rôles sophistiqués.
Mais il possède quelque chose que les autres n’ont pas forcément.
Une présence.
Connery peut être élégant sans paraître fragile, menaçant sans hausser la voix et drôle sans transformer Bond en personnage comique.
En 1962 sort James Bond 007 contre Dr No.
Le succès transforme sa carrière.
Sean Connery devient soudainement le visage d’un personnage destiné à entrer dans l’histoire du cinéma.
James Bond lui apporte tout… et devient presque une prison
Les films s’enchaînent.
Bons Baisers de Russie, Goldfinger, Opération Tonnerre, On ne vit que deux fois…
Le personnage devient un phénomène mondial et Sean Connery une superstar.
Des millions de spectateurs associent désormais son visage à celui de 007.
Mais cette réussite possède également un revers.
Plus Bond devient célèbre, plus Connery craint d’être enfermé dans le rôle.
Car lui veut être acteur, pas seulement James Bond.
Cette volonté explique en partie pourquoi il cherchera tout au long de sa carrière des personnages très différents.
Après 007, il tourne notamment avec Alfred Hitchcock, John Huston, Brian De Palma et Steven Spielberg.
Il apparaît dans Le Nom de la rose, Highlander, Les Incorruptibles, Indiana Jones et la Dernière Croisade ou encore À la poursuite d’Octobre rouge.
En 1988, son rôle dans Les Incorruptibles lui vaut même l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle.
Une manière définitive de prouver qu’il pouvait exister très loin de James Bond.
Une rencontre au Maroc qui va changer sa vie privée
Mais l’un des événements les plus importants de sa vie ne se déroule pas sur un plateau de cinéma.
En 1970, Sean Connery participe à un tournoi de golf au Maroc.
C’est là qu’il rencontre Micheline Roquebrune, une artiste peintre franco-marocaine également passionnée de golf.
La rencontre marque le début d’une histoire qui va durer plusieurs décennies.
Après son divorce avec sa première épouse, l’actrice Diane Cilento, Sean Connery épouse Micheline Roquebrune en 1975.
Le couple restera uni jusqu’à la mort de l’acteur.
Une relation particulièrement longue dans un univers où les histoires sentimentales sont souvent exposées et fragilisées par la célébrité.
Avec Micheline, Connery trouve également une vie beaucoup plus éloignée de l’agitation hollywoodienne.
Quand James Bond voulait simplement redevenir Sean
À mesure que les années passent, Sean Connery semble prendre davantage de distance avec Hollywood.
L’homme qui avait été l’incarnation ultime du séducteur britannique apprécie de plus en plus les plaisirs beaucoup plus simples : le golf, la peinture de son épouse, les voyages et une certaine tranquillité.
Cette opposition raconte peut-être mieux Sean Connery que n’importe quel film.
D’un côté, il y avait l’image publique.
James Bond, les casinos, les Aston Martin, les smokings et les cocktails.
De l’autre, il y avait Sean.
Un Écossais issu d’un milieu modeste qui n’avait jamais oublié complètement d’où il venait.
Il restera d’ailleurs toute sa vie profondément attaché à l’Écosse.
Une carrière que James Bond ne résume finalement pas
Sean Connery aurait facilement pu rester prisonnier de son plus grand succès.
Il a pourtant réussi quelque chose de rare : transformer le personnage qui aurait pu l’enfermer en point de départ d’une carrière beaucoup plus vaste.
Il devient tour à tour aventurier, policier, père d’Indiana Jones, commandant de sous-marin ou mentor.
Avec l’âge, son visage devient même encore plus identifiable.
Sa voix, son sourire et sa manière de jouer donnent à chacun de ses personnages une autorité presque immédiate.
En 2000, il est fait chevalier par la reine Elizabeth II.
Sir Sean Connery est alors depuis longtemps bien davantage que James Bond.
Une dernière vie loin des projecteurs
Au cours des dernières années de sa vie, l’acteur se fait de plus en plus discret.
Il vit notamment aux Bahamas avec Micheline et s’éloigne progressivement du cinéma.
Le 31 octobre 2020, Sean Connery meurt à l’âge de 90 ans.
Sa disparition provoque immédiatement une pluie d’hommages dans le monde entier.
Pour beaucoup, il restera éternellement le premier grand James Bond du cinéma.
Mais son parcours raconte peut-être quelque chose de plus intéressant encore.
Celui d’un garçon né dans un foyer modeste d’Édimbourg, qui a livré du lait, multiplié les petits métiers et poussé des portes sans savoir exactement où elles le conduiraient.
Il aurait pu rester l’homme d’un seul rôle.
Il est devenu une légende.
Et derrière cette légende se trouvait toujours, quelque part, le jeune Écossais de Fountainbridge qui avait appris très tôt qu’avant d’obtenir quoi que ce soit, il fallait commencer par travailler.
Sean Connery a incarné pendant des décennies une certaine idée du héros. Mais son histoire personnelle possède peut-être quelque chose que même James Bond n’avait pas : la preuve qu’une vie peut commencer très loin des projecteurs et finir par éclairer le monde entier.