À Mayotte, une famille de propriétaires a choisi une méthode pour le moins radicale pour tenter de récupérer son logement. Après plusieurs mois de conflit avec son locataire, elle a profité de son absence pour emménager directement dans la maison avec ses cinq enfants. Une situation particulièrement tendue qui pourrait désormais se terminer devant la justice.
Frigo, canapé, matelas, vêtements et provisions : lorsqu’elle est revenue dans sa maison située à Kangani, dans le nord-est de Mayotte, Zizina Saindou n’avait visiblement pas prévu de repartir rapidement.
La propriétaire affirme être dans une impasse depuis plusieurs mois avec son locataire, qui continuerait d’occuper le logement alors que, selon elle, le bail est arrivé à son terme. Face à une situation qui semblait ne plus avancer, elle et sa famille ont donc pris une décision spectaculaire : s’installer eux-mêmes dans la maison pendant l’absence du locataire.
Une manière pour eux de reprendre possession de leur bien, quitte à se retrouver dans une situation juridique particulièrement délicate.
Une famille s’installe dans la maison occupée par son locataire
La scène pourrait presque sembler irréelle. La propriétaire est arrivée dans les lieux accompagnée de son mari et de leurs cinq enfants, avec une partie de leurs affaires personnelles.
Interrogée par France Info, elle a résumé la situation avec une formule étonnante : « Aujourd’hui, nous sommes devenus des squatteurs chez nous. »
Une phrase volontairement provocatrice qui illustre surtout le sentiment d’impuissance de cette famille.
Selon la propriétaire, les affaires de son locataire sont toujours présentes dans la maison. Elle assure cependant ne pas avoir fouillé dans ses effets personnels.
La famille aurait simplement déplacé certains meubles afin de pouvoir installer les siens.
Zizina Saindou ne cache d’ailleurs pas son intention de rester sur place. Après avoir apporté son réfrigérateur, son canapé et son matelas, elle expliquait également vouloir installer sa télévision afin de vivre normalement dans le logement.
Un conflit qui durerait depuis plusieurs années
Cette décision ne serait pas née du jour au lendemain.
D’après la propriétaire, elle avait averti son locataire dès 2023 qu’elle souhaitait récupérer la maison afin de pouvoir notamment y accueillir sa famille à l’occasion du mariage de sa fille.
Le locataire, avocat de profession, aurait toutefois refusé de quitter les lieux.
La propriétaire affirme même que celui-ci lui aurait conseillé de louer un autre logement pour organiser les festivités familiales.
Une suggestion qu’elle aurait catégoriquement refusée, estimant qu’elle devait pouvoir disposer de sa propre maison.
La situation aurait alors progressivement dégénéré.
La propriétaire affirme que le bail a pris fin en décembre 2025
Selon Zizina Saindou, le contrat de location est arrivé à son terme le 31 décembre 2025.
Elle affirme avoir adressé un courrier recommandé au locataire environ six mois auparavant afin de l’informer de son intention de récupérer les lieux.
Mais le principal intéressé conteste cette version et indique ne pas avoir reçu cette notification.
Le désaccord porte donc désormais aussi bien sur l’occupation du logement que sur les démarches administratives réalisées avant la fin supposée du bail.
Et un autre élément est venu encore compliquer le dossier : le paiement du loyer.
Le locataire aurait cessé de payer son loyer
Le locataire affirme avoir arrêté de verser son loyer à partir de mars 2026.
Selon lui, cette décision serait liée au refus des propriétaires de lui délivrer des quittances de loyer.
De son côté, la famille estime surtout se retrouver avec une maison qu’elle ne peut plus utiliser alors qu’elle considère le bail comme terminé.
Deux versions s’opposent donc frontalement.
Mais la décision des propriétaires d’entrer dans le logement pendant l’absence du locataire pourrait désormais déplacer le conflit sur un tout autre terrain.
Le locataire dénonce une violation de son domicile
Absent de Mayotte et se trouvant à Madagascar au moment où la famille a emménagé, le locataire a vivement dénoncé la situation.
Il considère que les propriétaires sont entrés dans son domicile sans son autorisation.
L’avocat souligne notamment que des documents personnels, professionnels et familiaux se trouvent toujours à l’intérieur de la maison.
Pour lui, il s’agit d’une atteinte particulièrement grave à sa vie privée.
Le conflit locatif pourrait donc désormais déboucher sur plusieurs procédures judiciaires, chacune des parties estimant être dans son bon droit.
Peut-on vraiment expulser soi-même un locataire ?
Cette affaire rappelle une distinction essentielle : un locataire qui reste dans un logement après un conflit lié au bail n’est pas nécessairement juridiquement considéré comme un squatteur.
Le squat correspond généralement à l’entrée dans un logement sans droit ni titre, par exemple après une intrusion.
Dans le cas d’un locataire entré légalement dans le logement grâce à un contrat de location, les règles sont différentes, même lorsqu’un propriétaire considère que le bail a pris fin.
Un propriétaire ne peut donc pas simplement décider de changer les serrures, de retirer les affaires de l’occupant ou de l’expulser lui-même sans respecter les procédures prévues par la loi.
Même lorsqu’il estime être victime d’une occupation injustifiée, la voie judiciaire reste en principe indispensable.
Une affaire qui devrait maintenant se régler devant la justice
La famille Saindou espère manifestement que son installation poussera le locataire à quitter définitivement la maison.
Mais celui-ci semble au contraire déterminé à saisir la justice.
L’affaire pourrait donc avoir l’effet inverse de celui recherché : au lieu d’accélérer la récupération du logement, cette cohabitation forcée pourrait entraîner de nouvelles procédures.
Cette histoire illustre surtout jusqu’où certains conflits entre propriétaires et locataires peuvent aller lorsque le dialogue est totalement rompu.
D’un côté, une famille qui affirme vouloir simplement récupérer sa maison après la fin du bail. De l’autre, un locataire qui considère toujours le logement comme son domicile et dénonce une intrusion.
Désormais, ce ne sera probablement plus aux deux parties de décider qui peut rester dans la maison, mais à la justice de trancher.