Incendie de Crans-Montana : qui sont les « coupeurs de feu » mobilisés auprès des grands brûlés ?

La tragédie survenue dans la nuit du 1er janvier 2026 au bar Le Constellation, à Crans-Montana, a bouleversé bien au-delà des frontières suisses. Le violent incendie a coûté la vie à au moins 40 personnes et fait plus de 119 blessés, dont de nombreux grands brûlés transférés vers des centres hospitaliers spécialisés.

Alors que les équipes médicales se mobilisaient sans relâche, une autre forme d’aide, plus discrète et controversée, a refait surface dans les heures suivant le drame : celle des coupeurs de feu.


Une pratique ancestrale qui ressurgit dans l’urgence

Très vite après l’incendie, les réseaux sociaux ont vu circuler des messages de soutien émanant de groupes spécialisés comme « Coupeurs et barreurs de feu France et étranger ». En Suisse romande, à Martigny, Roland Crettaz, connu comme « faiseur de secret », a proposé spontanément son aide aux victimes.

Cette tradition, profondément ancrée dans certaines régions alpines, repose sur la transmission d’un « secret ». Il s’agit le plus souvent d’une formule courte, parfois assimilée à une prière, transmise oralement au sein d’une famille ou d’un cercle restreint. Selon la croyance, ce secret permettrait de soulager les brûlures et d’en limiter les effets.


Après le drame, des appels en cascade

Dès les premières heures suivant l’incendie, Roland Crettaz affirme avoir été contacté par des proches de victimes, parfois par simple bouche-à-oreille. En l’espace de deux jours, il dit être intervenu auprès d’une dizaine de personnes concernées par la tragédie.

Face à l’ampleur du choc émotionnel, l’Organisation cantonale valaisanne des secours a même centralisé certaines propositions d’aide, au même titre que les soutiens psychologiques. Une reconnaissance informelle qui illustre l’ancrage culturel de cette pratique, sans pour autant lui conférer un statut médical officiel.


Comment agissent les coupeurs de feu ?

Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, l’intervention se fait le plus souvent à distance. Les proches transmettent au coupeur de feu le prénom de la victime et sa localisation. Le praticien récite ensuite mentalement le « secret ».

On distingue généralement deux profils :

  • le coupeur de feu, qui intervient dans l’urgence pour apaiser la sensation de brûlure immédiate ;
  • le barreur de feu, qui agit sur la durée, notamment pour limiter la propagation de la douleur ou atténuer certains effets secondaires de traitements lourds, comme la radiothérapie.

Les personnes qui y ont recours évoquent parfois une diminution rapide de la sensation de chaleur ou de douleur. Des témoignages parlent même d’une réduction des cloques, bien que ces effets ne soient étayés par aucune preuve scientifique.


Une présence tolérée mais non reconnue par la médecine

La pratique des coupeurs de feu ne figure dans aucun protocole médical officiel. Pourtant, dans certains hôpitaux ou centres spécialisés dans la prise en charge des grands brûlés, des listes de praticiens circuleraient de manière officieuse.

Certains soignants y voient un possible « soin de support ». Non pas pour ses effets physiques directs, mais pour l’apaisement psychologique qu’il pourrait apporter aux patients. Réduire le stress et l’anxiété permettrait parfois une meilleure tolérance des soins médicaux, sans jamais s’y substituer.


Une pratique controversée, entre espoir et scepticisme

Roland Crettaz insiste sur un point essentiel : les coupeurs de feu ne prétendent pas remplacer la médecine. Leur rôle se veut strictement complémentaire et repose sur la liberté individuelle.

« Certaines personnes y croient profondément et ressentent le besoin d’y faire appel. D’autres n’y adhèrent pas du tout, et c’est parfaitement respectable », rappelle-t-il.

Entre tradition, réconfort psychologique et absence de validation scientifique, les coupeurs de feu continuent de diviser. Mais dans des moments de drame absolu, comme celui de Crans-Montana, leur présence illustre surtout le besoin humain de mobiliser toutes les formes d’espoir possibles face à l’indicible.

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