La colère agricole ne faiblit pas. Bien au contraire, elle se transforme en inquiétude profonde pour l’avenir de la France et de l’Europe. Derrière les barrages de tracteurs, les manifestations et les prises de parole médiatiques, un même message revient avec insistance : l’agriculture française est à bout de souffle, et avec elle, notre capacité à nous nourrir demain.
Une crise qui dure et qui s’aggrave
Plus de deux ans après les grandes mobilisations agricoles, les causes de la colère restent intactes. La gestion sanitaire de la dermatose nodulaire, avec des protocoles imposant l’abattage de troupeaux entiers, cristallise toujours l’incompréhension. De nombreux éleveurs réclament une vaccination massive, jugée plus cohérente et moins destructrice économiquement et humainement.
À cette situation déjà critique s’ajoute la validation de l’accord UE-Mercosur, perçu par une grande partie du monde agricole comme une concurrence déloyale. Importer des produits agricoles venus de l’autre bout du monde, soumis à des normes bien moins strictes que celles imposées aux agriculteurs européens, revient selon eux à sacrifier l’agriculture locale au nom du libre-échange.
« Notre métier est foutu » : le désespoir des campagnes
Sur le terrain, le découragement est palpable. Nicolas, éleveur de chèvres dans le Tarn-et-Garonne, résume un sentiment partagé par beaucoup : travailler toujours plus, pour gagner toujours moins, sans reconnaissance. Les petites exploitations, souvent familiales, peinent à survivre face à la pression des prix et à la concentration des terres entre les mains de grands groupes industriels.
Ce malaise dépasse la simple question économique. C’est tout un modèle rural qui vacille. Des paysages autrefois entretenus tombent en friche, des fermes disparaissent, et avec elles une culture, un savoir-faire, une identité. Beaucoup d’agriculteurs n’envisagent plus l’avenir du métier pour leurs enfants, par crainte de leur transmettre une vie de sacrifices sans perspectives.
Manifestations, tensions et sentiment d’abandon
Ces derniers jours encore, la mobilisation s’est intensifiée. À Paris comme en régions, les agriculteurs dénoncent à la fois l’accord UE-Mercosur et la gestion sanitaire imposée. Les tensions avec les forces de l’ordre, les interpellations de porte-paroles syndicaux et les blocages sur le périphérique parisien illustrent un climat de plus en plus explosif.
Pour nombre de manifestants, le sentiment est clair : leur voix n’est pas entendue. Ils dénoncent un « deux poids, deux mesures » et une fracture grandissante entre une France rurale et des centres de décision jugés déconnectés des réalités du terrain.
La peur de perdre la souveraineté alimentaire
Lors du Forum BFMTV du 8 janvier 2026, Jérôme Bayle, éleveur bovin, a mis des mots sur une inquiétude majeure : la souveraineté alimentaire. Selon lui, l’Europe serait aujourd’hui capable de tenir à peine une quinzaine de jours sans importations. Un chiffre glaçant.
« S’il y a une guerre en France, je ne crains pas les balles, mais la faim », affirme-t-il avec gravité. Derrière cette phrase choc, une réalité stratégique : sans agriculture forte, aucun pays ne peut être réellement indépendant. Nourrir sa population est un pilier fondamental de la sécurité nationale et de la stabilité sociale.
Un cri d’alarme pour l’avenir
Au-delà des clivages politiques, les agriculteurs appellent à une réflexion de fond. Quelle agriculture voulons-nous demain ? Une production locale, durable, respectueuse des hommes et des territoires, ou une dépendance accrue aux importations mondiales ?
Pour beaucoup, le temps presse. « On est encore sur la barrière », alerte Jérôme Bayle. Il est encore possible de sauver une richesse alimentaire et économique essentielle, mais l’inaction pourrait coûter cher. Très cher.
La crise agricole n’est plus seulement une crise de métier. Elle est devenue une question de survie collective, posant une interrogation simple et brutale : que mangera-t-on demain si ceux qui nous nourrissent aujourd’hui disparaissent ?