À Somain, dans le Nord de la France, une initiative pour le moins atypique fait parler d’elle. Thérèse Dune, 56 ans, a ouvert une crèche pour bébés reborn — ces poupées hyperréalistes en silicone ou en vinyle qui reproduisent avec une précision troublante l’apparence et le poids d’un nourrisson. Le concept, relayé sur les réseaux sociaux fin décembre 2025, fascine autant qu’il choque.
Une micro-crèche… sans cris ni pleurs
Derrière la porte de cette maison aménagée comme une véritable micro-crèche : berceaux, poussettes, jouets, tables à langer. Mais ici, aucun babil, aucun pleur. Les « pensionnaires » sont des poupées reborn confiées par leurs propriétaires le matin, puis récupérées le soir, exactement comme dans une crèche classique.
Les tarifs sont affichés sans détour : 9 € de l’heure ou 65 € la journée. En échange, Thérèse Dune propose bien plus qu’une simple garde.
Scénarios personnalisés et vidéos à l’appui
Chaque dépôt s’accompagne de consignes précises : tenues, accessoires, rythme de la journée. Certaines clientes demandent même un scénario. Sieste, jeux, promenade en landau… tout est mis en scène. Les moments sont filmés puis envoyés aux propriétaires sous forme de vidéos, pour prolonger l’illusion et le lien affectif.
« On fait pas mal de choses… ça demande beaucoup de travail », insiste la directrice. Elle va jusqu’à simuler les repas, jouant le jeu avec humour lorsque la poupée « refuse » un petit pot.
Un lieu refuge pour des passionnées souvent jugées
Derrière l’aspect insolite, la crèche joue un rôle social inattendu. Pour certaines « reborneuses », c’est un espace sécurisant, loin des regards moqueurs. L’une d’elles n’osait plus sortir sa poupée depuis quinze ans ; ici, elle peut enfin promener son landau sans crainte d’être jugée.
Thérèse Dune parle de bien-être, de chaleur émotionnelle, et affirme que cette passion apporte un réel réconfort. Selon elle, ces moments partagés autour des reborn aident certaines personnes à apaiser un manque, un deuil ou une solitude profonde.
Entre moqueries et incompréhension
Sur les réseaux sociaux, la polémique est vive. Le hashtag #RebornBaby divise : d’un côté, ceux qui y voient une pratique thérapeutique et inoffensive ; de l’autre, des internautes qui dénoncent un « délire » ou une mise en scène malsaine. Certaines reborneuses racontent même avoir été insultées dans la rue.
Face aux critiques, Thérèse Dune assume. Elle dénonce le jugement hâtif et rappelle que cette activité ne fait de mal à personne. Pour elle, l’indignation devrait plutôt se porter sur des réalités plus urgentes, comme les enfants privés de structures d’accueil.
Un phénomène révélateur d’un besoin de réconfort
Cette crèche pour bébés reborn, aussi déroutante soit-elle, pose une question plus large : qu’est-ce que le travail invisible et émotionnel aujourd’hui ? Dans une société marquée par l’isolement, la précarité affective et les injonctions au bonheur, certains trouvent du réconfort là où on ne l’attend pas.
À Somain, derrière les berceaux silencieux, se cache peut-être moins une provocation qu’un miroir de nos fragilités collectives.