Le stress donne-t-il des boutons?

Le stress donne-t-il des boutons?

La peau est à la fois notre bouclier de protection et notre carte de visite. Miroir de nos émotions, elle s’exprime souvent à notre insu et peut nous stigmatiserRougissement subit, pâleur excessive, eczéma, psoriasis, pelade, mains moites, verrues ou herpès récurrent: ces affections touchent toutes la peau, mais n’en sont pas moins influencées par des facteurs psychologiques (stress, anxiété, peur, conflits).

La peau abordée sous cet angle psychosocial a fait l’objet d’un colloque (intitulé La dermatologie, entre esthétique et souffrance) qui s’est tenu en septembre à Genève. Etaient réunis, pour une fois, dermatologues et psychiatres afin de regarder ensemble au delà des boutons…

 

« Avoir les nerfs à fleur de peau », « être mal dans sa peau » ou encore « ma belle-mère me donne de l’urticaire »: l’existence de liens particuliers entre nos émotions et notre enveloppe extérieure ne fait pas de doute, même s’ils ne sont pas toujours faciles à cerner.

Hormis les désordres dermatologiques strictement psychiatriques (les personnes qui s’arrachent les cheveux, qui se mutilent…), on observe une foule de manifestations cutanées dont l’évolution fluctue en fonction d’événements émotionnels.

Zona, herpès et eczéma: des affections qui ont une origine organique, mais qui sont souvent aggravées, voire déclenchées, par des facteurs psychologiques. Quant au psoriasis, son origine reste controversée. Le stress ou un choc affectif (perte d’un emploi, deuil, accident) pourraient avoir une responsabilité dans son apparition. Ce qui n’autorise toutefois pas à réduire ces maladies à des troubles psychosomatiques. Comme dans l’histoire de la poule et de l’œuf, la relation de cause à effet reste obscure.

Sans parler du fait qu’un visage couvert de squames ou de comédons finit immanquablement par influencer le psychisme… Car si la peau reflète une image de soi, le contraire est également vrai: une dermatose peut être vécue comme une terrible blessure narcissique. Un sentiment de dévalorisation qui est souvent renforcé par le regard des autres.

En revanche, il existe bel et bien différentes manières de gérer ses émotions négatives. Face à l’angoisse, la tristesse ou la colère, certaines personnes vont se confronter à leurs émotions tandis que d’autres éviteront de les ressentir consciemment, ou encore les réprimeront.

Ce type de comportement peut parfois déboucher sur une somatisation. C’est ainsi que la peau constitue chez certains individus le lieu privilégié de l’expression émotionnelle: au lieu de déprimer, ils extériorisent leurs tensions en faisant, par exemple, une poussée d’eczéma.

Une situation doublement invalidante sur le plan relationnel: le patient affiche sa maladie aux yeux de tous et, dans le même temps, introduit de la distance entre lui et les autres.

Que faire contre un mécanisme de défense aussi visible? Les techniques de relaxation, l’hypnose ainsi qu’une thérapie cognitivo-comportementale pour apprendre à gérer son anxiété donnent en général de bons résultats. Ensuite, libre au patient d’entreprendre une psychothérapie individuelle pour démasquer les problèmes parfois camouflés sous sa peau.

Soigner aussi l’intérieur

Derrière le symptôme (boutons, urticaire, démangeaisons) peut se cacher le besoin d’être écouté, la présence d’un conflit intérieur ou la somatisation d’un problème. Autant de cas pour lesquels les pommades restent sans effet… Face à l’influence des facteurs psychologiques dans nombre de maladies de peau, une prise en charge globale des patients s’impose.

Une collaboration étroite entre dermatologues et psychiatres, souhaitée d’ailleurs par un nombre croissant de praticiens, permettrait d’identifier plus vite les problèmes et de convaincre le patient, souvent réticent, de faire une thérapie.

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