« Je refuse de vendre du gazole à 3 euros » : cette gérante préfère fermer sa station-service plutôt que d’imposer des prix exorbitants

Face à l’envolée du prix des carburants, une gérante de station-service de Meurthe-et-Moselle a pris une décision particulièrement forte : suspendre la vente de carburant plutôt que de répercuter des tarifs qu’elle juge excessifs sur ses clients.

Alors que les automobilistes voient de nouveau leur budget carburant fortement augmenter, certains professionnels se retrouvent eux aussi dans une situation très délicate. Entre des prix d’achat élevés, des marges réduites et le risque de devoir vendre à perte si les cours redescendent brutalement, les petites stations-service doivent parfois faire des choix difficiles.

À Mercy-le-Bas, Julie Lahure a choisi le sien.

Elle préfère fermer ses pompes plutôt que vendre du gazole à 3 euros

Gérante d’un Carrefour Contact équipé d’une station-service, Julie Lahure a décidé de stopper temporairement la vente d’essence et de gazole.

La raison ? Les prix auxquels elle devrait acheter son carburant l’obligeraient potentiellement à afficher des tarifs approchant les 3 euros le litre.

Une situation qu’elle refuse d’accepter.

« Je refuse de vous proposer du gazole à 3 euros le litre », a-t-elle notamment expliqué dans les médias.

Pour la commerçante, cette décision est avant tout une question de respect envers ses clients. Plutôt que de continuer à remplir ses cuves avec du carburant acheté très cher et de répercuter cette hausse à la pompe, elle préfère laisser sa station fermée.

Un choix radical, mais qui semble être compris par une partie de sa clientèle.

Acheter du carburant au mauvais moment peut coûter très cher

Pour les petites stations indépendantes ou intégrées à des commerces de proximité, la hausse des prix représente un véritable casse-tête.

Le problème ne réside pas uniquement dans le tarif affiché à la pompe.

Les gérants doivent d’abord acheter de grandes quantités de carburant auprès de leurs fournisseurs. Si ces volumes sont achetés lorsque les prix atteignent un sommet, puis que le marché redescend quelques jours plus tard, la station peut se retrouver dans une situation compliquée.

Elle possède alors un carburant payé très cher, tandis que les stations concurrentes peuvent déjà proposer des prix plus faibles.

Deux solutions se présentent alors : conserver un tarif élevé et risquer de perdre des clients, ou baisser ses prix et réduire fortement sa marge, voire vendre une partie du carburant à perte.

Pour une petite entreprise disposant d’une trésorerie limitée, le risque est loin d’être négligeable.

Julie Lahure résume simplement cette difficulté : son commerce ne dispose pas des réserves financières permettant d’absorber facilement une telle perte.

Ses clients invités à faire quelques kilomètres supplémentaires

La situation géographique de la station joue également un rôle important.

Mercy-le-Bas se trouve relativement près du Luxembourg, où les carburants peuvent être proposés à des tarifs plus intéressants qu’en France.

La gérante préfère donc conseiller à certains de ses clients de parcourir quelques kilomètres supplémentaires afin de faire leur plein de l’autre côté de la frontière.

Une recommandation étonnante pour une commerçante, puisqu’elle revient directement à renoncer à une partie de son chiffre d’affaires.

Mais elle assume ce choix.

Selon les estimations rapportées dans les médias, l’arrêt des ventes de carburant pourrait représenter environ 1 500 euros de marge perdue chaque mois pour son commerce.

Les automobilistes n’hésitent plus à traverser les frontières

Avec l’augmentation du prix du litre, la différence entre deux pays peut rapidement représenter plusieurs dizaines d’euros sur un plein.

Les automobilistes vivant près du Luxembourg, de l’Espagne ou d’Andorre sont donc de plus en plus nombreux à comparer les prix avant de remplir leur réservoir.

Certains Français parcourent même plusieurs dizaines de kilomètres spécialement pour profiter de carburants moins chers.

En Andorre, par exemple, les tarifs peuvent parfois être sensiblement inférieurs à ceux constatés dans certaines stations françaises.

Pour un automobiliste qui possède un grand réservoir ou qui profite du déplacement pour effectuer d’autres achats, le trajet peut rapidement devenir rentable.

Une situation difficile également pour les petites stations

Lorsque les prix du carburant augmentent fortement, les consommateurs pensent naturellement à l’impact sur leur propre portefeuille.

Mais les stations-service ne profitent pas forcément de cette hausse.

La marge réalisée sur chaque litre reste souvent limitée, tandis que les sommes nécessaires pour remplir les cuves peuvent devenir considérables.

Une livraison de plusieurs milliers de litres représente ainsi un investissement important, particulièrement pour les petits commerces.

Une variation rapide des prix peut suffire à fragiliser leur équilibre financier.

C’est précisément ce risque que Julie Lahure souhaite éviter en attendant une éventuelle stabilisation du marché.

Elle appelle à une baisse des taxes

La gérante souhaiterait également voir les pouvoirs publics intervenir.

Elle estime notamment qu’une réduction de la fiscalité sur les carburants pourrait permettre de soulager à la fois les automobilistes et les professionnels.

Elle appelle même d’autres stations à adopter une position similaire afin d’inciter les autorités à réagir.

Une telle mobilisation paraît néanmoins difficile, car chaque station possède une situation financière, des contrats d’approvisionnement et une clientèle différents.

Pour certains professionnels, fermer les pompes pendant plusieurs jours pourrait représenter une perte impossible à supporter.

Jusqu’où les prix des carburants peuvent-ils monter ?

La grande inquiétude concerne désormais l’évolution des tarifs dans les prochains jours.

Lorsque le prix du pétrole augmente ou que les marchés de l’énergie connaissent de fortes tensions, les conséquences peuvent progressivement apparaître dans les stations-service.

Les automobilistes doivent alors composer avec des prix pouvant varier fortement d’une station à l’autre.

Dans ce contexte, plusieurs habitudes peuvent permettre de limiter légèrement la facture : comparer les tarifs autour de son domicile, éviter les stations autoroutières lorsque cela est possible ou encore regrouper certains déplacements.

Mais si les prix continuent leur progression, ces petites économies pourraient rapidement ne plus suffire.

La décision de cette gérante de Meurthe-et-Moselle illustre donc une situation particulièrement inhabituelle : face à des prix qu’elle considère trop élevés, elle préfère ne plus vendre du tout plutôt que de demander à ses clients de payer près de 3 euros pour un litre de gazole.

Un choix économiquement risqué, mais qu’elle présente avant tout comme une question de principe.

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