« J’ai refait 13 fois mes lèvres à Dubaï » : quand la chirurgie réparatrice prend le relais de l’esthétique

L’histoire de l’influenceur Yohan Perani a déclenché une vague de réactions sur les réseaux sociaux. En cause : son témoignage sur de multiples injections aux lèvres réalisées à l’étranger, l’injection supposée de silicone — un produit interdit en France — et surtout la prise en charge de son opération corrective par la Sécurité sociale. Entre dérive esthétique, complications médicales et cadre légal méconnu, cette affaire soulève de nombreuses questions.

Une spirale d’injections difficile à arrêter

Comme beaucoup de patients ayant recours à la médecine esthétique, Yohan Perani décrit un engrenage progressif. Au départ, l’objectif est simplement d’obtenir des lèvres plus volumineuses grâce à l’acide hyaluronique, un produit résorbable largement utilisé.

Mais l’effet étant temporaire, les séances se multiplient. Selon son propre témoignage, il aurait effectué plus d’une dizaine d’injections, augmentant progressivement les doses pour maintenir — voire accentuer — le volume obtenu. Ce phénomène n’est pas rare : certains patients développent une dépendance au résultat esthétique, alimentée par la disparition progressive du produit.

À la recherche d’un effet plus durable, il affirme avoir reçu à Dubaï un produit non résorbable qu’il pensait similaire, mais qui se serait révélé être du silicone.

Le silicone injectable : un produit interdit pour l’esthétique

En France, l’injection de silicone liquide à visée esthétique est interdite depuis le début des années 2000. Contrairement à l’acide hyaluronique, il ne se résorbe pas et peut migrer dans les tissus, provoquer des inflammations chroniques, des nodules, voire des infections graves.

Selon le récit de l’influenceur, les tentatives de dissolution du produit se sont révélées inefficaces, ce qui a conduit à des examens médicaux. Le diagnostic aurait confirmé la présence de silicone, rendant la chirurgie la seule solution possible pour l’extraire.

L’intervention consiste généralement à retirer mécaniquement le matériau via une incision à l’intérieur de la lèvre, ce qui peut entraîner cicatrices, gonflements importants et une période de convalescence prolongée.

Une opération lourde mais nécessaire

La chirurgie de retrait du silicone n’a rien d’un acte esthétique classique. Elle vise avant tout à prévenir ou traiter des complications médicales : douleur, déformation, infection ou altération fonctionnelle.

Dans certains cas, l’extraction complète est même impossible, car le produit peut s’être diffusé dans les tissus. Le patient doit alors accepter un résultat esthétique incertain, parfois moins satisfaisant que l’apparence initiale.

Yohan Perani évoque lui-même la difficulté psychologique liée à la perspective de se retrouver avec des lèvres très différentes, voire réduites.

Pourquoi la Sécurité sociale peut intervenir

La polémique autour du remboursement repose souvent sur une confusion entre chirurgie esthétique et chirurgie réparatrice.

En France, les actes purement esthétiques — injections, augmentation des lèvres, lipofilling — ne sont pas pris en charge. En revanche, lorsqu’une intervention vise à traiter une pathologie, une malformation ou une complication médicale, elle peut être remboursée après validation par l’Assurance maladie.

Le retrait d’un produit interdit ou dangereux injecté dans l’organisme peut ainsi être considéré comme un acte médical nécessaire, même si l’origine du problème est esthétique. Le système de santé ne finance pas l’amélioration du corps, mais il prend en charge les soins lorsque la santé est menacée.

Un cas révélateur des risques du tourisme médical

Cette affaire met également en lumière les dangers du tourisme esthétique. Certains pays proposent des interventions à des tarifs attractifs, mais les normes de sécurité, la traçabilité des produits ou le suivi post-opératoire peuvent varier considérablement.

Lorsque des complications surviennent après un acte réalisé à l’étranger, les patients se retrouvent souvent pris en charge dans leur pays d’origine, avec des traitements plus complexes et coûteux.

Entre choix individuel et responsabilité collective

Le débat soulevé par ce témoignage dépasse le cas d’une seule personne. Il interroge la frontière entre liberté individuelle — chacun pouvant modifier son apparence — et responsabilité collective lorsque les conséquences médicales sont assumées par le système public.

Il rappelle surtout une réalité essentielle : la médecine esthétique n’est jamais anodine. Même des gestes perçus comme simples peuvent entraîner des complications durables, parfois irréversibles.

Au-delà de la polémique, cette histoire constitue un avertissement. Derrière la quête d’un idéal esthétique immédiat peuvent se cacher des conséquences médicales lourdes, nécessitant des années de soins pour revenir à une situation stable.

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