Longtemps considéré comme une maladie touchant principalement les seniors, le cancer colorectal progresse aujourd’hui chez les adultes plus jeunes. De plus en plus de diagnostics concernent des personnes de moins de 50 ans, parfois sans facteur de risque évident. Dans ce contexte, un simple changement observé aux toilettes peut constituer un signal d’alerte précoce… à condition de savoir l’identifier et de ne pas l’ignorer.
Un cancer fréquent… et pourtant souvent silencieux au début
Le cancer colorectal figure parmi les cancers les plus courants. Chaque année, des dizaines de milliers de nouveaux cas sont diagnostiqués, avec un nombre important de décès malgré les progrès médicaux. L’une des difficultés majeures réside dans le fait que les premiers symptômes peuvent être discrets, intermittents ou attribués à des troubles bénins.
Chez les personnes de moins de 50 ans, le risque est encore plus grand d’ignorer ces signes, car elles ne sont généralement pas concernées par le dépistage systématique. Résultat : le diagnostic peut être posé plus tardivement, lorsque la maladie est déjà avancée.
Le signe clé à surveiller : des selles anormalement fines
Parmi les changements les plus révélateurs figure l’apparition de selles très étroites, fines comme un crayon, parfois appelées « selles rubanées ». Ce n’est pas la forme occasionnelle qui doit inquiéter, mais un changement durable par rapport à votre habitude.
Ce phénomène peut s’expliquer mécaniquement : lorsqu’une lésion (polype ou tumeur) rétrécit l’intérieur du côlon, les selles sont comprimées en passant, ce qui modifie leur calibre.
Ce signe doit alerter s’il :
- persiste plusieurs jours ou semaines
- s’accompagne d’autres symptômes
- apparaît sans cause évidente (changement d’alimentation, stress, infection…)
Un épisode isolé n’est généralement pas inquiétant. En revanche, une modification durable mérite une consultation.
Le dépistage organisé : utile mais insuffisant en cas de symptôme
Le dépistage du cancer colorectal repose sur un test de recherche de sang occulte dans les selles, proposé tous les deux ans aux personnes de 50 à 74 ans. Ce dispositif permet de détecter des anomalies chez des individus ne présentant aucun symptôme.
Mais dès qu’un signe apparaît — quel que soit l’âge — il ne faut pas attendre la prochaine invitation au dépistage. La règle est simple : un symptôme nouveau et persistant doit toujours être évalué médicalement.
Détecté à un stade précoce, le cancer colorectal se guérit dans la grande majorité des cas.
La règle simple des « 3 C » à observer aux toilettes
Une auto-surveillance discrète peut faire toute la différence. Avant de tirer la chasse, prenez quelques secondes pour observer :
- Couleur : présence de sang rouge ou noir
- Consistance : diarrhée persistante, constipation inhabituelle
- Calibre : selles plus fines ou déformées que d’habitude
Si une anomalie persiste plus de deux semaines, il est conseillé d’en parler à un professionnel de santé.
Les autres signaux d’alerte à ne pas banaliser
Les selles fines ne sont pas le seul symptôme possible. D’autres signes doivent également inciter à consulter :
- sang visible dans les selles
- alternance inexpliquée diarrhée / constipation
- douleurs abdominales persistantes
- fatigue inhabituelle
- perte de poids involontaire
- sensation d’évacuation incomplète
Attention à une erreur fréquente : attribuer automatiquement les saignements à des hémorroïdes. Celles-ci peuvent coexister avec une autre pathologie plus sérieuse. Un saignement persistant ou qui revient doit toujours être vérifié.
Que fera le médecin en cas de suspicion ?
Le médecin commencera par un interrogatoire et un examen clinique. Selon les cas, il pourra proposer :
- un test de dépistage
- des analyses sanguines
- un examen endoscopique
- une coloscopie
La coloscopie permet de visualiser directement l’intérieur du côlon et, si nécessaire, de retirer des polypes avant qu’ils n’évoluent vers un cancer.
Ne pas attendre pour agir : le réflexe qui sauve
Le cancer colorectal n’apparaît pas du jour au lendemain. Il évolue généralement lentement, ce qui offre une fenêtre précieuse pour intervenir. Mais cette chance dépend d’une chose essentielle : ne pas ignorer les signaux du corps.
Observer un changement durable dans ses habitudes intestinales n’a rien d’obsessionnel — c’est simplement une forme d’attention à sa santé.
En cas de doute, mieux vaut consulter pour rien que trop tard.