Chaque hiver, beaucoup de Français coupent le chauffage de la chambre pour mieux dormir, économiser quelques euros ou simplement suivre les recommandations officielles. Derrière ce geste anodin, certains espèrent aussi une petite action sur leur silhouette, notamment au niveau du ventre. Mais que dit réellement la science sur le lien entre sommeil, froid et graisse abdominale ?
À travers plusieurs études scientifiques, une idée se dessine : un environnement plus frais influence bel et bien le métabolisme. Reste à comprendre comment, et jusqu’où cela peut agir.
Une chambre à 16 °C, la température recommandée
Depuis des années, les organismes comme l’Ademe rappellent que la température idéale pour dormir se situe entre 16 et 17 °C. Cette fraîcheur favorise un sommeil de meilleure qualité, tout en réduisant la facture énergétique. Chaque degré en moins permet d’économiser environ 7 % sur la consommation de chauffage, un poste qui représente près des deux tiers de la dépense énergétique d’un foyer.
Mais cette température présente aussi une conséquence physiologique importante : en dessous de la zone dite de neutralité thermique (20 à 23 °C), le corps doit augmenter légèrement sa dépense énergétique pour maintenir sa température interne.
Quand le froid réveille la graisse brune
Le froid léger ne se contente pas de faire frissonner. Il active un acteur méconnu du grand public : la graisse brune. Contrairement à la graisse blanche, qui stocke de l’énergie, la graisse brune la brûle pour produire de la chaleur.
Une étude menée par le National Institutes of Health a suivi des volontaires dormant plusieurs semaines à des températures différentes. Après un mois de nuits à 19 °C, les chercheurs ont observé :
- une augmentation de 42 % de leur volume de graisse brune,
- une hausse de 10 % de son activité métabolique,
- une amélioration de la sensibilité à l’insuline, un élément clé pour limiter le stockage de graisse abdominale.
Une autre équipe australienne a montré que les frissons déclenchent la production de deux hormones, l’irisine et le FGF21, capables de transformer une partie de la graisse blanche en graisse brune, plus active. Sur le plan métabolique pur, 10 à 15 minutes de frissons équivaudraient à une heure d’exercice modéré.
Un effet réel sur le métabolisme, mais pas une solution miracle pour le ventre
Ces mécanismes sont intéressants, mais attention : aucune étude n’a démontré qu’un simple changement de température pendant la nuit suffit à réduire le tour de taille. Les chercheurs observent surtout des modifications hormonales et métaboliques, un environnement moins favorable au stockage, mais pas une perte directe de graisse abdominale.
Plusieurs experts rappellent aussi l’existence d’effets compensatoires possibles. Avoir froid peut augmenter l’appétit, ce qui peut annuler les bénéfices espérés. À l’inverse, vivre dans un environnement plus chaud réduit l’appétit, mais augmente nécessairement la facture énergétique.
Dormir dans le froid peut donc être un coup de pouce, mais il ne remplace pas une alimentation équilibrée ni une activité physique régulière.
Comment utiliser intelligemment le froid dans votre routine nocturne
Pour ceux qui souhaitent profiter des effets positifs du froid léger sans sacrifier leur sommeil, les experts recommandent une approche progressive et raisonnable :
- Réduire la température sur plusieurs jours
Mieux vaut descendre de deux ou trois degrés sur plusieurs nuits plutôt que de passer brutalement de 21 à 16 °C. - Limiter le froid à la chambre
Couper totalement le chauffage du logement peut créer de l’humidité ou des problèmes de canalisation. L’idée est de rafraîchir l’espace de sommeil, pas d’exposer toute la maison à 10 °C. - Conserver le confort thermique sous la couette
Un bon matelas, une couette adaptée et un pyjama correct permettent de bénéficier du froid ambiant sans se réveiller en pleine nuit. - Ne pas transformer le froid en inconfort
Le froid doit rester modéré. Si vous frissonnez toute la nuit, le sommeil en sera perturbé et les bénéfices s’effondreront.
En résumé
Dormir sans chauffage, autour de 16 ou 17 °C, est bon pour la qualité du sommeil et pour le portefeuille. Sur le plan métabolique, le froid léger active la graisse brune, augmente légèrement la dépense énergétique et améliore la gestion du sucre dans le sang. Ces effets peuvent indirectement créer un environnement moins favorable au stockage de graisse abdominale.
Mais ce froid nocturne n’est pas une solution minceur en soi. Il s’agit d’un levier supplémentaire, un petit avantage métabolique qui fonctionne surtout lorsqu’il s’inscrit dans un mode de vie globalement sain.