Diabète de type 1 : un nouveau médicament qui retarde l’insuline arrive enfin, mais il ne concernera pas tout le monde

Plus d’un siècle après la découverte de l’insuline, la prise en charge du diabète de type 1 pourrait entrer dans une nouvelle phase. L’Agence européenne des médicaments vient de donner un avis favorable au Teizeild (teplizumab), premier traitement destiné à ralentir l’évolution de la maladie avant que l’insuline ne devienne indispensable. Une avancée majeure qui suscite autant d’espoir que de questions, car cette innovation ne s’adresse qu’à une petite partie des patients.


Une rupture historique dans la prise en charge du diabète de type 1

Jusqu’à présent, le diagnostic de diabète de type 1 impliquait un passage quasi immédiat aux injections d’insuline. Malgré les progrès des pompes et des capteurs de glycémie, la règle restait inchangée : l’organisme ne produisant plus d’insuline, il fallait la remplacer.

Teizeild change cette logique. Ce traitement d’immunothérapie cible le cœur du mécanisme auto-immun responsable de la maladie.
En Europe, il bénéficiera aux patients au stade 2 du diabète de type 1, c’est-à-dire ceux chez qui l’attaque du pancréas est déjà en cours, mais avant l’apparition des symptômes classiques comme la soif intense ou la forte hyperglycémie.

Pour de nombreuses familles, c’est la première fois qu’un médicament promet de ralentir l’évolution de la maladie plutôt que d’en traiter les conséquences.


Comment agit Teizeild et pourquoi c’est une révolution

Le teplizumab est un anticorps monoclonal ciblant les lymphocytes T, les cellules immunitaires responsables de la destruction des cellules bêta du pancréas.
Son objectif : freiner cette attaque auto-immune afin de préserver plus longtemps la production naturelle d’insuline.

La maladie évolue en trois stades.
Les recherches montrent que sans intervention, la majorité des patients au stade 2 développent un diabète clinique dans les cinq ans.

Dans l’essai TN-10, Teizeild a démontré qu’il pouvait doubler le délai avant l’apparition du diabète déclaré, passant d’environ deux à quatre ans en moyenne.
Ce délai ne supprime pas la nécessité future d’insuline, mais il représente une période précieuse, notamment pour les enfants et adolescents chez qui la maladie s’annonce souvent brutalement.


Un traitement réservé à une minorité de patients

Teizeild ne sera pas prescrit à tous les diabétiques de type 1.
Il concerne :

  • Les personnes à partir de 8 ans
  • Déjà au stade 2 de la maladie
  • Présentant des auto-anticorps spécifiques et une glycémie anormale mais encore sans symptômes

Il s’administre en 14 perfusions intraveineuses consécutives, sous surveillance hospitalière.
Cette prudence est indispensable car l’immunothérapie peut provoquer des réactions notables : baisse des globules blancs, éruptions cutanées, fatigue, troubles métaboliques, ou plus rarement un syndrome de libération des cytokines.

C’est un traitement sérieux, lourd, mais qui répond à un véritable besoin médical pour les profils les plus à risque.


Et après Teizeild ? Une révolution plus vaste se prépare

L’arrivée de ce médicament ouvre la porte à une nouvelle vision du diabète de type 1 : ralentir l’évolution, mais aussi restaurer la fonction pancréatique.
Plusieurs technologies suivent déjà cette trajectoire.

1. Les greffes d’îlots pancréatiques

Ces greffes permettent à certains patients très fragiles de retrouver une production d’insuline, mais nécessitent une immunosuppression lourde.

2. Le VX-880, une piste émergente très prometteuse

Ce traitement expérimental consiste à infuser dans le foie des cellules productrices d’insuline dérivées de cellules souches.
Des témoignages préliminaires, comme celui de la Canadienne Amanda Smith, montrent qu’il serait possible, dans certains cas très précis, de vivre sans insuline plusieurs années.

Cependant, comme pour les greffes classiques, une prise d’immunosuppresseurs à vie reste indispensable, avec les risques que cela implique.


Une nouvelle ère, mais encore réservée à quelques patients

Teizeild ne guérira pas le diabète de type 1 et ne s’adressera qu’à un groupe limité de personnes. Mais son arrivée marque un tournant essentiel.
Pour la première fois, l’Europe reconnaît et autorise un traitement visant à intervenir avant que la maladie ne se déclare, une approche jusqu’ici inexistante.

Pour les 9,5 millions de personnes vivant avec un diabète de type 1 dans le monde, cette avancée ouvre un horizon différent :
d’abord quelques années gagnées avant l’insuline, puis peut-être, à terme, une restauration durable de la production d’insuline grâce à des thérapies cellulaires.

Ce qui était autrefois considéré comme impossible commence à entrer dans le champ du réel.
Une nouvelle ère s’esquisse, même si elle ne concerne pas encore tout le monde.


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