L’hormonothérapie est aujourd’hui l’un des traitements les plus utilisés contre les cancers du sein hormonodépendants, qui représentent environ 70 % des cas. Son objectif est clair : empêcher les cellules cancéreuses de se nourrir des hormones féminines pour ralentir leur croissance et limiter les risques de récidive.
Mais malgré son efficacité reconnue, de nombreuses patientes peinent à supporter certains effets secondaires parfois très lourds au quotidien. Bouffées de chaleur, sueurs nocturnes, fatigue ou troubles de l’humeur poussent même certaines femmes à interrompre leur traitement avant la fin.
Une nouvelle étude menée en Suède ouvre pourtant une piste encourageante : un dérivé du tamoxifène administré à très faible dose pourrait offrir une efficacité similaire avec une meilleure tolérance.
Un traitement dérivé du tamoxifène
Depuis plus de quarante ans, le tamoxifène est utilisé dans la prise en charge du cancer du sein hormonodépendant. Ce médicament agit en bloquant l’action des œstrogènes sur les cellules cancéreuses.
Les chercheurs du Karolinska Institutet se sont intéressés à une substance appelée endoxifène. Il s’agit du principal métabolite actif du tamoxifène, autrement dit la forme réellement active produite par l’organisme après la prise du médicament.
L’idée des scientifiques était simple : utiliser directement cette molécule active, mais à très faible dose, afin de conserver les bénéfices thérapeutiques tout en réduisant les effets indésirables.
Une étude menée sur 240 femmes
Pour tester cette approche, les chercheurs ont suivi 240 femmes préménopausées âgées de 40 à 55 ans.
Pendant six mois, les participantes ont reçu soit :
- un placebo ;
- 1 mg d’endoxifène par jour ;
- ou 2 mg d’endoxifène quotidiennement.
Les scientifiques ont ensuite observé l’évolution de la densité mammaire grâce à la mammographie. Ce critère est particulièrement surveillé, car une densité mammaire élevée est considérée comme un facteur de risque du cancer du sein.
Des résultats prometteurs à faible dose
Les résultats de l’étude montrent une diminution moyenne de la densité mammaire de :
- 19 % avec 1 mg d’endoxifène ;
- 26 % avec 2 mg.
À titre de comparaison, le tamoxifène classique à 20 mg réduit généralement cette densité d’environ 18,5 %.
Autrement dit, une micro-dose d’endoxifène semble produire un effet biologique comparable à celui du traitement standard.
Les chercheurs soulignent également un autre point important : la dose de 1 mg présente un profil de sécurité proche du placebo, avec beaucoup moins d’effets secondaires signalés.
En revanche, à 2 mg, certaines participantes ont davantage souffert de bouffées de chaleur et de sueurs nocturnes.
Pourquoi cette découverte intéresse les chercheurs
Les effets secondaires constituent aujourd’hui l’un des principaux freins à l’hormonothérapie. Certaines patientes vivent difficilement ces symptômes pendant plusieurs années, ce qui peut nuire à l’observance du traitement.
Une hormonothérapie mieux tolérée pourrait donc améliorer la qualité de vie des femmes concernées, mais aussi limiter les abandons prématurés.
Selon les chercheurs suédois, ces premiers résultats suggèrent qu’une faible dose d’endoxifène pourrait suffire à produire l’effet recherché sur les tissus mammaires.
Une piste encore en phase d’évaluation
Même si ces résultats sont encourageants, les spécialistes rappellent que cette étude reste préliminaire.
L’essai clinique n’a duré que six mois et ne permet pas encore de savoir si l’endoxifène réduit réellement le risque de cancer du sein ou de récidive à long terme.
Des études plus vastes et plus longues seront nécessaires avant d’envisager une utilisation généralisée.
Pour le moment, l’endoxifène reste réservé à la recherche clinique et ne remplace pas les traitements actuels.
Le dépistage reste essentiel
En attendant de nouvelles avancées thérapeutiques, les médecins rappellent que le dépistage précoce reste l’un des meilleurs moyens de lutter contre le cancer du sein.
Une surveillance régulière, des mammographies adaptées à l’âge et une discussion avec son médecin en cas de facteurs de risque demeurent essentielles pour améliorer les chances de prise en charge rapide.