Dans les colonnes de la rubrique britannique Dear Deidre, un homme de 38 ans a récemment raconté un aspect de sa vie intime qu’il n’avait jamais assumé publiquement : son désir profond d’être traité comme un bébé, avec tout ce que cela implique en termes de comportements, de vêtements… et parfois de sexualité. Un témoignage qui bouscule, mais qui met en lumière un phénomène bien plus courant qu’on ne le croit, souvent dissimulé par honte ou incompréhension.
« Je me sens heureux et en sécurité »
Cet homme explique ne pas savoir exactement d’où lui vient cette envie. Pour lui, se laisser aller à un état infantile lui procure un sentiment de confort, de sécurité, parfois même d’excitation sexuelle. Pourtant, ce besoin de régression est devenu un obstacle dans son quotidien.
Il raconte qu’il aimerait pouvoir construire une relation stable, mais qu’il est convaincu que peu de partenaires pourraient accepter cette facette intime. La seule fois où il en a parlé à une compagne, celle-ci a été choquée, incapable d’intégrer cette pratique dans leur relation. Une rupture douloureuse qui l’a marqué durablement.
Ne trouvant pas d’espace où exprimer son désir sans être jugé, il s’est tourné vers des escortes spécialisées. Une solution temporaire qui lui permet de vivre ses fantasmes, mais qui le laisse avec un sentiment de vide et parfois de honte.
« J’aimerais pouvoir être totalement moi-même », confie-t-il, conscient que ce secret pèse sur sa vie affective et son estime personnelle.
Ce que révèle vraiment ce besoin : l’autonépiophilie
Si ce témoignage peut étonner, il correspond pourtant à un phénomène bien identifié : l’autonépiophilie, aussi appelée paraphilic infantilism. Il s’agit d’un jeu de rôle dans lequel une personne adopte un comportement infantile, allant du simple retour à un état enfantin jusqu’à l’imitation du nouveau-né.
Contrairement à certaines idées reçues, cette pratique n’a rien à voir avec l’attirance envers les enfants. Elle concerne des adultes consentants et s’inscrit dans un registre très particulier, où se mêlent :
- Régression émotionnelle
- Fantasmes de dépendance
- Recherche de réconfort
- Rapports de domination et soumission
C’est pourquoi elle est parfois classée dans les pratiques BDSM, non pas pour la douleur, mais pour la dynamique psychologique qu’elle implique.
Pourquoi les couches occupent une place centrale ?
Dans de nombreux témoignages, le port de couches fait partie intégrante du fantasme. Pour les personnes concernées, les couches permettent :
- De renforcer la sensation d’être « pris en charge »
- De couper avec les responsabilités du monde adulte
- D’accentuer l’idée de dépendance
- De créer une immersion totale dans le rôle joué
Il existe d’ailleurs toute une industrie spécialisée proposant des accessoires adaptés aux adultes : couches renforcées, vêtements enfantins version XL, biberons, tétines, mobilier régressif… un univers encore largement méconnu.
Un tabou qui isole ceux qui le vivent
Ce type de pratique reste extrêmement stigmatisé. Beaucoup craignent d’être jugés, perçus comme immatures, ou confondus avec des comportements qu’ils n’ont pas. Résultat : les personnes concernées vivent souvent leur désir en secret, parfois dans la honte, et rarement dans un cadre affectif stable.
Pourtant, les psychologues sont unanimes : tant que ces pratiques se déroulent entre adultes consentants, elles ne relèvent ni de la pathologie grave ni d’un danger. Elles traduisent simplement un besoin particulier d’apaisement, de contrôle ou de régression, parfois lié à l’histoire personnelle.
Peut-on en parler avec un partenaire ?
C’est là que réside la plus grande difficulté. Comme tout fantasme inhabituel, l’autonépiophilie demande :
- du dialogue,
- de la confiance,
- et de la bienveillance.
Certaines personnes parviennent à l’intégrer dans leur vie de couple de manière très partielle ou récréative. D’autres préfèrent le vivre à côté de leur relation, tandis que certaines choisissent de l’abandonner pour préserver leur vie amoureuse.
Chaque situation est unique, mais la clé reste de pouvoir en parler sans être humilié ni jugé.
Un témoignage qui met en lumière une réalité cachée
Ce trentenaire n’est ni un cas isolé ni un phénomène marginal. Il représente simplement une voix parmi des milliers de personnes qui vivent des fantasmes considérés comme « atypiques » et qui n’osent jamais en parler.
En brisant le silence, il rappelle une vérité essentielle : l’intimité humaine est beaucoup plus complexe, riche et diverse qu’on ne l’imagine. Et parfois, comprendre commence simplement par écouter sans condamner.