Dans certains établissements, les sanctions traditionnelles comme les heures de colle ou les exclusions temporaires montrent leurs limites. Renvoyer un élève chez lui ne règle pas toujours le problème de fond, et peut même accentuer le décrochage scolaire. C’est dans ce contexte qu’un collège de la Drôme a décidé d’expérimenter une approche différente : remplacer certaines exclusions par des heures de bénévolat au sein d’une association caritative.
Une sanction qui vise l’éducation plutôt que la punition
L’objectif de ce dispositif est clair : donner du sens à la sanction. Plutôt que de simplement écarter l’élève, il s’agit de l’amener à comprendre l’impact de ses actes et à développer un sens des responsabilités.
Concrètement, lorsqu’un comportement inapproprié pourrait entraîner une exclusion, l’élève se voit proposer une alternative. S’il accepte, il effectue plusieurs heures de bénévolat en dehors du temps scolaire, généralement en soirée ou le week-end. Cette activité se déroule dans un cadre strictement encadré et avec l’accord de la famille.
Selon les équipes éducatives, cette approche permet de transformer une sanction passive en expérience active et constructive.
Des missions concrètes au contact de la réalité sociale
Les adolescents participent à des tâches simples mais utiles : tri de denrées alimentaires, préparation de colis, rangement ou aide logistique lors des distributions. Encadrés par des adultes, ils découvrent le fonctionnement d’une structure d’aide aux personnes en difficulté.
Pour beaucoup, cette immersion est un choc salutaire. Voir des familles faire la queue pour se nourrir, entendre des témoignages de précarité ou participer directement à l’aide apportée change la perception du quotidien. Certains élèves prennent conscience de réalités sociales qu’ils n’avaient jamais côtoyées.
Cette confrontation à la solidarité concrète peut favoriser l’empathie et la maturité, bien davantage qu’une simple sanction disciplinaire.
Une démarche encadrée et volontaire
Ce type de mesure ne s’applique pas à tous les cas. Elle concerne généralement des faits de gravité modérée : insolence, perturbations répétées, petits incidents de violence verbale ou non-respect du règlement.
Avant sa mise en place, un entretien est organisé avec l’élève et ses responsables légaux. La participation repose sur l’adhésion de l’adolescent, car l’objectif est éducatif, non coercitif. Si l’élève refuse, la sanction classique peut être maintenue.
Le dispositif s’appuie sur les mesures de responsabilisation prévues par le Code de l’éducation, qui autorise des activités d’intérêt général comme alternative aux exclusions.
Des effets positifs observés
Les retours des établissements ayant testé ce modèle sont globalement encourageants. Les équipes pédagogiques constatent :
- une meilleure compréhension des règles
- une diminution des récidives
- un apaisement des relations entre élèves et adultes
- un sentiment d’utilité chez les adolescents concernés
Certains jeunes poursuivent même leur engagement bénévole après la fin de la sanction, signe que l’expérience peut provoquer un véritable déclic.
Une initiative encore peu répandue
Malgré ses résultats prometteurs, cette approche reste rare. Elle nécessite un partenariat solide avec une association locale, une organisation logistique importante et un encadrement strict pour garantir la sécurité des mineurs.
Tous les établissements ne disposent pas des ressources ou des structures partenaires nécessaires. Pourtant, face aux limites des sanctions classiques, ce modèle suscite un intérêt croissant.
Vers une nouvelle vision de la discipline scolaire ?
Cette initiative illustre une évolution possible de l’école : passer d’une logique punitive à une logique éducative et réparatrice. Plutôt que d’exclure, il s’agit d’inclure différemment, en transformant l’erreur en occasion d’apprentissage.
Si elle ne peut remplacer toutes les sanctions, cette démarche montre qu’il est possible de responsabiliser sans stigmatiser, et d’aider les adolescents à grandir plutôt que de simplement les punir.
Dans un contexte où la question du climat scolaire devient centrale, ce type d’expérience pourrait bien inspirer d’autres établissements dans les années à venir.