L’émotion est toujours immense après l’incendie qui a ravagé le bar La Constellation à Crans-Montana, dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier. Un drame qui aurait pris naissance, selon les premières informations, après l’embrasement de bougies ayant enflammé des mousses présentes au plafond. En quelques minutes seulement, le lieu s’est transformé en piège mortel, prenant les fêtards au dépourvu.
Le bilan est effroyable : 40 morts et une centaine de blessés, une tragédie qui bouleverse bien au-delà des frontières suisses.
Mais alors que les hommages se multiplient, de nouvelles révélations viennent jeter une lumière encore plus dure sur l’envers du décor. Parmi les victimes figure Cyane Panine, une jeune serveuse franco-suisse de 24 ans, dont l’histoire soulève aujourd’hui de nombreuses questions.
Cyane Panine : une procédure engagée avant le drame
Jeudi 14 janvier, l’avocate de la famille de Cyane, Me Sophie Haenni, s’est exprimée sur BFMTV et a dévoilé un élément particulièrement marquant : la jeune femme avait entamé une procédure contre les propriétaires du bar, et ce, avant sa disparition.
D’après l’avocate, Cyane aurait déposé une requête en conciliation auprès du service de protection des travailleurs, dans le but d’obtenir plusieurs documents essentiels liés à son emploi :
- un contrat de travail officiel
- un certificat de travail
- des certificats de salaire
Autrement dit, Cyane cherchait à faire valoir ses droits et à obtenir ce qui lui était dû. Une démarche qui, dans un contexte aussi dramatique, prend une dimension encore plus poignante.
Une douleur doublée d’une colère difficile à contenir
Pour la famille, le choc ne s’arrête pas à la perte de Cyane. Selon Me Sophie Haenni, il s’accompagne d’un sentiment de colère, notamment face à l’attitude des gérants après les faits.
Lors de son audition au tribunal, le 9 janvier, Jessica Moretti s’était présentée en larmes, déclarant :
- « Mes pensées constantes vont vers les victimes et les gens qui se battent aujourd’hui. »
- « C’est une tragédie inimaginable. »
- « Jamais on aurait pu imaginer ça… Je tiens à m’excuser. »
Des propos qui, en apparence, peuvent sembler sincères. Mais pour les proches de Cyane, ces excuses ne collent pas avec ce qu’ils estiment être la réalité vécue par la jeune serveuse.
L’avocate précise que la famille a été « passablement heurtée », car pour eux, cette réaction publique ne correspond pas au comportement qui aurait été observé le soir du drame.
Des conditions de travail dénoncées par la victime
Autre point très lourd dans ce dossier : les confidences que Cyane aurait faites à ses proches avant sa mort.
Selon Me Sophie Haenni, la jeune femme aurait exprimé :
- son mal-être au travail
- sa fatigue physique et morale
- son impression d’être « utilisée »
- son incompréhension face au manque d’empathie et de compréhension de ses employeurs
Ces révélations donnent à cette affaire une dimension supplémentaire : au-delà d’un accident dramatique, le récit de Cyane laisse entrevoir une situation professionnelle difficile, voire pesante, dans un environnement où elle se sentait à bout de forces.
Une version contestée : “petite sœur” ou simple relation professionnelle ?
Dans leurs dépositions, Jessica et Jacques Moretti affirment qu’ils étaient proches de Cyane. Jessica Moretti aurait même présenté la serveuse comme sa « petite protégée », presque comme une « petite sœur ».
De son côté, le gérant aurait déclaré qu’elle était « comme sa belle-fille », notamment en évoquant une supposée relation personnelle liée à un “fils adoptif”.
Une version que l’avocate de la famille conteste fermement.
Me Sophie Haenni insiste sur un élément central : la relation était strictement professionnelle, sans familiarité réelle.
Elle affirme notamment :
- qu’ils ne se tutoyaient jamais
- que les échanges par messages restaient très formels
- que les messages envoyés le jour de l’incendie étaient particulièrement révélateurs de cette distance
Des textos qui ressemblent davantage à des “ordres”
Autre détail troublant : selon l’avocate, les messages échangés entre Jessica Moretti et Cyane ne relèveraient pas d’une relation affective ou protectrice, mais plutôt d’une relation hiérarchique, froide et directive.
Elle évoque des textos où la gérante adresserait surtout des « ordres » à la jeune femme.
Et c’est justement là que se cristallise une partie du malaise : l’image publique renvoyée après le drame — celle de patrons proches et bouleversés — ne correspondrait pas, selon l’avocate, à certains éléments présents dans le dossier.
Une affaire qui soulève de nombreuses questions
L’incendie de Crans-Montana est déjà une tragédie incommensurable. Mais les révélations autour de Cyane Panine transforment aussi ce drame en un symbole plus large, celui de la vulnérabilité de certains travailleurs, notamment dans des milieux où les conditions peuvent être précaires et les droits parfois difficiles à faire respecter.
Sans tirer de conclusions hâtives avant les résultats officiels des enquêtes, une chose est certaine : la vérité que cherchent aujourd’hui les familles dépasse la simple émotion. Elle touche aussi à la justice, à la responsabilité, et au respect de la dignité des victimes.
Cyane n’est pas seulement un nom dans une liste. C’est une jeune femme qui, avant même la nuit du drame, avait déjà commencé à se battre pour obtenir un cadre de travail clair et reconnu.
Conclusion : le drame de trop, ou le début d’une prise de conscience ?
Au fil des jours, cette affaire révèle un contraste saisissant : d’un côté, le choc d’une soirée qui tourne au cauchemar ; de l’autre, des tensions humaines et professionnelles qui semblent avoir existé bien avant la catastrophe.
La famille de Cyane veut désormais comprendre, et surtout que sa mémoire soit respectée, sans récit arrangé ni façade émotionnelle.
Dans ce type de drame collectif, chaque victime a une histoire. Et celle de Cyane Panine, aujourd’hui, interpelle autant qu’elle bouleverse.