La lutte contre les violences sexuelles reste l’un des défis les plus sensibles pour les États modernes. En Italie, une proposition visant à instaurer la castration chimique pour certains auteurs de viols et d’actes pédocriminels ravive un débat explosif, mêlant émotion collective, enjeux juridiques et questions éthiques majeures.
Une proposition portée par la droite italienne
À l’origine de ce projet, la Ligue (Lega), parti dirigé par Matteo Salvini. Déposé une première fois en 2023, le texte est revenu sur le devant de la scène après plusieurs affaires très médiatisées, notamment un viol collectif à Rome qui a profondément choqué l’opinion publique.
L’objectif affiché est clair : renforcer l’arsenal pénal contre les crimes sexuels graves, en particulier en cas de récidive. Le gouvernement de Giorgia Meloni soutient globalement l’initiative, même si des divergences existent au sein de la majorité.
Le projet prévoit qu’un traitement hormonal puisse être administré aux condamnés considérés comme dangereux, sur décision judiciaire et sous contrôle médical.
En quoi consiste réellement la castration chimique ?
Contrairement à ce que son nom peut laisser penser, la castration chimique n’est pas une opération chirurgicale irréversible. Il s’agit d’un traitement médicamenteux visant à réduire fortement la production de testostérone.
Concrètement, des substances hormonales — souvent des agonistes de la LHRH — sont injectées pour diminuer la libido et certaines pulsions sexuelles. Les effets sont temporaires et cessent généralement lorsque le traitement est interrompu.
La dose et la durée seraient adaptées au profil du condamné et à son niveau de dangerosité, selon les experts mandatés par la justice.
Une mesure déjà appliquée dans certains pays
L’Italie n’est pas un cas isolé. Plusieurs pays ont déjà adopté des dispositifs similaires, avec des modalités différentes :
- En Pologne ou en Estonie, la castration chimique peut être imposée dans certains cas précis
- En France, elle existe sous forme de traitement proposé, mais uniquement avec le consentement du condamné
- Dans d’autres États, elle s’inscrit dans un suivi thérapeutique volontaire après la peine
Partout, la question centrale reste la même : s’agit-il d’un outil efficace de prévention de la récidive ou d’une mesure symbolique dictée par l’émotion ?
Les arguments des partisans
Les défenseurs du projet estiment que face à des crimes d’une gravité extrême, la priorité doit être la protection des victimes potentielles.
Selon eux, réduire la testostérone permettrait de diminuer les pulsions sexuelles incontrôlées et donc le risque de passage à l’acte. Pour les récidivistes, ils y voient un moyen concret de prévenir de nouvelles agressions lorsque la prison seule ne suffit pas.
Ils soulignent également que le traitement est réversible et encadré médicalement, ce qui le distingue d’une peine corporelle définitive.
Des critiques juridiques et éthiques très fortes
Les opposants dénoncent au contraire une atteinte aux droits fondamentaux et à l’intégrité physique des personnes condamnées.
Plusieurs responsables politiques italiens, y compris au sein de la majorité, s’inquiètent d’une mesure pouvant être assimilée à un châtiment corporel incompatible avec l’État de droit.
D’autres critiques portent sur l’efficacité réelle du dispositif. De nombreux spécialistes rappellent que les violences sexuelles ne sont pas uniquement liées à la libido ou aux hormones, mais aussi à des facteurs psychologiques, sociaux et criminologiques complexes.
Un traitement hormonal ne traiterait donc qu’une partie du problème.
Une question scientifique encore débattue
La communauté médicale reste divisée. Certaines études suggèrent une réduction du risque de récidive chez des délinquants présentant des troubles sexuels spécifiques. D’autres soulignent que l’impact varie fortement selon les profils et qu’un accompagnement psychothérapeutique demeure indispensable.
Sans suivi global, la simple diminution hormonale pourrait s’avérer insuffisante.
Un projet encore loin d’être adopté
À ce stade, la mesure n’est pas en vigueur. Une commission parlementaire italienne étudie toujours les modalités possibles, et le texte reste bloqué au Sénat.
Le débat dépasse largement le cadre italien : il interroge la manière dont les sociétés démocratiques doivent répondre aux crimes les plus graves, entre exigence de protection, respect des droits fondamentaux et efficacité réelle des sanctions.
Entre sécurité et valeurs démocratiques
La question de la castration chimique cristallise un dilemme profond. Faut-il privilégier une réponse radicale pour prévenir la récidive, ou maintenir des limites strictes pour préserver les principes fondamentaux du droit ?
Quelle que soit l’issue du débat en Italie, il est probable que ce sujet continuera d’alimenter les discussions en Europe et ailleurs, tant il touche à des enjeux essentiels : la sécurité des citoyens, la justice pour les victimes et la définition même des valeurs d’une société démocratique.