Une étude scientifique révèle qu’un symptôme souvent attribué à un problème digestif bénin pourrait être l’un des principaux signes d’alerte du cancer colorectal, notamment chez les moins de 50 ans. Les chercheurs constatent également qu’il s’écoule fréquemment entre 4 et 6 mois entre l’apparition des premiers symptômes et le diagnostic. Voici les signes qu’il ne faut surtout pas négliger.
Le cancer colorectal fait partie des cancers les plus fréquents en France. Chaque année, plus de 47 000 nouveaux cas sont diagnostiqués. Si cette maladie touche principalement les personnes de plus de 50 ans, les spécialistes s’inquiètent de son augmentation chez les adultes plus jeunes.
Longtemps considéré comme une maladie associée au vieillissement, le cancer du côlon et du rectum peut également apparaître chez des personnes de 30 ou 40 ans, parfois sans antécédents familiaux connus.
Le problème ? Ses premiers symptômes sont souvent discrets et peuvent facilement être confondus avec des troubles digestifs ordinaires. Douleurs abdominales, constipation, ballonnements ou saignements peuvent ainsi être négligés pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois.
Une étude publiée le 24 mai 2024 dans la revue scientifique JAMA Network Open apporte de nouvelles précisions sur les signes qui doivent particulièrement attirer l’attention. Et l’un d’entre eux apparaît beaucoup plus fréquemment que les autres.
Cancer colorectal : ce symptôme touche près d’un patient sur deux
Pour mieux identifier les premiers signes de la maladie, une équipe internationale de chercheurs a analysé les résultats de 81 études scientifiques, représentant près de 25 millions de personnes de moins de 50 ans dans les populations étudiées.
Leur objectif était de déterminer quels symptômes étaient les plus fréquemment observés chez les patients atteints d’un cancer colorectal précoce.
Les résultats ont mis en évidence un signal d’alerte majeur : la présence de sang dans les selles ou les saignements rectaux.
Selon les chercheurs, ce symptôme était présent chez environ 45 % des patients diagnostiqués avant l’âge de 50 ans.
Plus préoccupant encore, les analyses ont montré que les personnes présentant ce signe avaient une probabilité de cancer colorectal au moins cinq fois plus élevée que celles n’en présentant pas, dans les études ayant évalué cette association.
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Attention toutefois : cela ne signifie absolument pas que toutes les personnes constatant du sang dans leurs selles souffrent d’un cancer.
Les saignements peuvent avoir différentes origines, notamment des hémorroïdes ou une fissure anale. Néanmoins, il est essentiel de consulter un médecin pour en identifier la cause, même lorsque les saignements semblent occasionnels.
« 4 à 6 mois » : pourquoi le délai de diagnostic inquiète les chercheurs
L’un des enseignements les plus préoccupants de cette étude concerne le temps nécessaire pour identifier la maladie.
Les scientifiques ont observé que le délai entre l’apparition des premiers symptômes et le diagnostic de cancer colorectal atteignait fréquemment quatre à six mois.
Ce délai peut notamment s’expliquer par la difficulté à reconnaître les premiers signes de la maladie, particulièrement chez les jeunes adultes.
En effet, face à une personne de moins de 50 ans présentant des troubles digestifs, les symptômes peuvent initialement être attribués à des problèmes courants : syndrome de l’intestin irritable, hémorroïdes ou constipation passagère.
Mais les chercheurs insistent sur un point important : un symptôme inhabituel qui persiste ou se répète mérite une véritable évaluation médicale.
Il faut également préciser que ces quatre à six mois correspondent au délai observé avant le diagnostic. L’étude ne démontre pas que le cancer apparaît ou se développe brutalement durant cette période.
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Les autres symptômes du cancer colorectal à surveiller
Si la présence de sang dans les selles constitue l’un des signes les plus évocateurs, elle n’est pas la seule manifestation possible de la maladie.
Les chercheurs ont également identifié plusieurs symptômes fréquemment rapportés par les patients.
Parmi les plus courants figurent :
- Les douleurs abdominales : elles étaient présentes chez environ 40 % des patients.
- Les changements du transit intestinal : 27 % des patients présentaient une modification de leurs habitudes, notamment une constipation inhabituelle ou une diarrhée persistante.
- La perte de poids inexpliquée : elle concernait environ 17 % des patients.
- La diminution de l’appétit : elle était observée chez environ 15 % des personnes concernées.
- Les ballonnements et la constipation : ces manifestations figuraient également parmi les signes recensés.
D’autres symptômes peuvent apparaître, notamment une fatigue inhabituelle, une anémie liée à un manque de fer, des nausées ou une sensation persistante de ne pas avoir complètement vidé son intestin.
Ces manifestations ne sont pas spécifiques au cancer colorectal. Elles deviennent néanmoins plus préoccupantes lorsqu’elles apparaissent sans explication, persistent ou s’accompagnent de saignements.
Pourquoi les moins de 50 ans doivent aussi être vigilants
L’augmentation des cancers colorectaux diagnostiqués avant 50 ans constitue un sujet de préoccupation pour les professionnels de santé.
Pendant longtemps, les personnes relativement jeunes ne se considéraient pas comme particulièrement exposées à cette maladie.
Pourtant, le cancer colorectal précoce est une réalité, y compris chez des adultes qui ne présentent aucun facteur de risque évident.
Les chercheurs soulignent ainsi l’importance de ne pas écarter trop rapidement l’hypothèse d’un cancer en raison du seul âge du patient.
En France, le programme national de dépistage organisé concerne principalement les femmes et les hommes âgés de 50 à 74 ans présentant un risque moyen.
Mais une personne de 35 ou 40 ans qui remarque du sang dans ses selles ne doit évidemment pas attendre d’avoir 50 ans pour consulter.
La présence de symptômes justifie une démarche diagnostique adaptée, indépendamment de l’âge.
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Sang dans les selles : à partir de quand faut-il consulter ?
La présence de sang rouge vif sur le papier toilette, dans la cuvette ou mélangé aux selles doit conduire à demander un avis médical.
Il en va de même lorsque les selles deviennent anormalement noires et goudronneuses, ce qui peut révéler un saignement digestif nécessitant une évaluation rapide.
Le médecin pourra rechercher une origine bénigne et déterminer si des examens supplémentaires sont nécessaires.
Selon les symptômes, les antécédents et les résultats de l’examen clinique, une coloscopie pourra notamment être proposée.
Cet examen permet d’observer l’intérieur du côlon et du rectum afin de rechercher d’éventuelles anomalies, notamment des polypes ou des lésions suspectes.
En cas de saignement abondant, de malaise, de vertiges importants ou de douleurs abdominales intenses, une prise en charge médicale urgente est nécessaire.
Le dépistage peut permettre de détecter la maladie avant les premiers symptômes
Le cancer colorectal présente une particularité importante : il se développe souvent progressivement à partir de petites excroissances de la paroi intestinale, appelées polypes.
Certaines de ces lésions peuvent évoluer vers un cancer au fil des années.
C’est pourquoi le dépistage joue un rôle essentiel dans la prévention de la maladie.
En France, les personnes de 50 à 74 ans à risque moyen et ne présentant pas de symptômes sont invitées à effectuer un test immunologique de recherche de sang dans les selles tous les deux ans.
Ce test simple, réalisable à domicile, permet de détecter des traces de sang invisibles à l’œil nu.
Lorsqu’il est positif, une coloscopie est proposée afin d’en rechercher l’origine.
Selon l’Institut national du cancer, un cancer colorectal détecté à un stade précoce peut être guéri dans neuf cas sur dix.
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Cancer colorectal : le réflexe essentiel pour éviter un diagnostic tardif
Les conclusions de cette étude rappellent une réalité importante : reconnaître rapidement les signes inhabituels peut contribuer à réduire les retards de diagnostic.
La présence de sang dans les selles, en particulier, ne doit jamais être automatiquement attribuée à un problème bénin sans vérification médicale.
Il ne s’agit pas de s’alarmer à la moindre douleur digestive, mais de rester attentif aux changements persistants de son organisme.
Saignements rectaux, troubles du transit inhabituels, douleurs abdominales prolongées ou amaigrissement inexpliqué : ces symptômes méritent une consultation, même avant 50 ans.
Plus une éventuelle maladie est identifiée tôt, plus les possibilités de traitement sont généralement favorables.
Source scientifique : Demb J. et coll., « Red Flag Signs and Symptoms for Patients With Early-Onset Colorectal Cancer: A Systematic Review and Meta-Analysis », JAMA Network Open, 24 mai 2024.