Après trente années passées au même poste, Ana n’a pas l’intention de prendre sa retraite immédiatement. À 64 ans, cette cuisinière travaille cinq heures par jour pour un salaire de 850 euros nets. Une activité qu’elle souhaite conserver aussi longtemps que possible, notamment pour préserver l’équilibre financier de son foyer et préparer au mieux sa future retraite.
À quelques années seulement de la retraite, beaucoup rêvent de ralentir. Pour Ana, la situation est différente. À 64 ans, cette cuisinière continue de se rendre chaque jour dans la même maison privée où elle travaille depuis trois décennies.
Son rythme pourrait sembler relativement léger : elle commence à 10 heures et termine à 15 heures, du lundi au vendredi. Soit environ 25 heures de travail chaque semaine. En contrepartie, elle perçoit 850 euros nets par mois, auxquels viennent s’ajouter deux primes.
Mais derrière cet emploi à temps partiel se cache surtout une nécessité économique. Ana explique vouloir conserver son activité aussi longtemps que sa santé le lui permettra.
À 64 ans, son salaire reste indispensable au budget du foyer
Ana ne vit pas uniquement de ses 850 euros mensuels. Son mari est déjà retraité et perçoit une pension qui permet au couple de compléter ses revenus.
Malgré cela, les fins de mois sont devenues plus compliquées.
Entre les courses alimentaires, les dépenses courantes, le logement et la hausse générale du coût de la vie, le couple dispose désormais de beaucoup moins de marge qu’autrefois.
Pour Ana, abandonner aujourd’hui son salaire représenterait donc une diminution importante des ressources du foyer.
Elle préfère continuer à travailler tant qu’elle en a la possibilité plutôt que de dépendre uniquement de la pension de son mari en attendant de pouvoir bénéficier elle-même d’une retraite suffisante.
« Il y a vingt ans, je pouvais encore mettre de l’argent de côté »
Ce qui frappe surtout Ana, c’est l’évolution de son pouvoir d’achat.
Il y a une vingtaine d’années, sa situation financière était très différente. Elle travaillait davantage et avait même deux emplois : l’un le matin et l’autre l’après-midi.
À cette époque, malgré un rythme de travail beaucoup plus soutenu, elle réussissait à mettre une partie de ses revenus de côté.
Aujourd’hui, ce n’est pratiquement plus possible.
Même avec deux revenus dans le foyer, les dépenses absorbent une part beaucoup plus importante du budget familial. Une évolution qui l’incite à conserver son emploi aussi longtemps que possible.
Ses deux filles vivent encore au domicile familial
Les dépenses d’Ana et de son mari ne concernent d’ailleurs pas uniquement le couple.
Leurs deux filles, âgées de 26 et 21 ans, vivent toujours chez leurs parents après avoir terminé leurs études.
L’aînée travaille dans le journalisme, notamment comme pigiste, mais ne bénéficie pas d’un emploi suffisamment stable pour envisager sereinement son indépendance.
Sa sœur cadette vient quant à elle de débuter sa vie professionnelle en tant qu’assistante sociale.
Pour leur mère, leur présence à la maison ne traduit pas un manque de volonté de partir. Ana pointe surtout le coût du logement, qu’elle juge extrêmement difficile à supporter pour de jeunes actifs.
Le prix des logements retarde l’indépendance de nombreux jeunes
Selon elle, sa fille aînée aurait probablement déjà quitté le domicile familial si elle avait pu trouver un logement correspondant à ses moyens.
Les loyers et les prix de l’immobilier constituent donc un véritable frein.
Même lorsqu’un jeune adulte travaille, le premier salaire ne suffit pas toujours pour payer seul un loyer, les charges, les transports, l’alimentation et l’ensemble des dépenses du quotidien.
Cette situation a forcément des conséquences sur le budget des parents, qui continuent plus longtemps à prendre en charge une partie des dépenses familiales.
Dans le cas d’Ana, conserver son salaire permet donc aussi de maintenir cet équilibre.
Continuer à travailler pour préparer une meilleure retraite
Mais le quotidien n’est pas la seule raison qui pousse Ana à poursuivre son activité.
À 64 ans, chaque période travaillée supplémentaire peut aussi avoir une influence sur les conditions dans lesquelles elle quittera définitivement la vie professionnelle.
Son objectif est simple : continuer aussi longtemps qu’elle le peut afin d’aborder sa retraite avec davantage de sécurité financière.
Après trente ans dans la même maison, son poste lui apporte par ailleurs une stabilité particulièrement importante.
Son horaire reste compatible avec son âge et elle connaît parfaitement son environnement de travail. Quitter volontairement cet emploi sans être certaine de disposer de revenus suffisants lui semblerait donc risqué.
À son âge, retrouver un emploi lui paraît presque impossible
Ana est également consciente d’une autre difficulté.
Si elle venait à perdre son emploi actuel, elle estime qu’il lui serait extrêmement compliqué d’être embauchée ailleurs.
À 64 ans, recommencer une recherche d’emploi, convaincre un nouvel employeur et s’adapter à un autre poste lui paraît peu réaliste.
Son ancienneté devient ainsi une forme de protection.
Après trois décennies auprès du même employeur, elle dispose d’une situation stable qu’elle ne souhaite pas abandonner prématurément.
Travailler plus longtemps, un choix qui n’en est pas toujours un
Le témoignage d’Ana montre surtout que le report du départ à la retraite ne correspond pas nécessairement à une envie de poursuivre sa carrière.
Pour certains salariés proches de la retraite, continuer à travailler représente avant tout une manière de maintenir leur niveau de vie et de sécuriser leurs revenus futurs.
Avec 850 euros nets mensuels, une capacité d’épargne fortement réduite et deux enfants encore présents au domicile familial, Ana préfère donc rester prudente.
Tant qu’elle pourra assurer ses cinq heures de travail quotidiennes, elle compte conserver son poste.
Après trente années passées dans la même maison, cette cuisinière ne cherche plus à construire une carrière. Elle tente surtout de protéger l’équilibre financier de sa famille aujourd’hui tout en évitant de se retrouver demain avec une retraite trop faible.