Faux cils à quelques euros, livraison rapide, promesse d’un regard spectaculaire : pour de nombreux adolescents, ces produits de beauté vendus en ligne sont devenus banals. Pourtant, derrière cette apparente innocuité, certains cosmétiques low-cost cachent des risques bien réels. En Suisse, l’histoire de Laura, 14 ans, en est une illustration inquiétante.
Une routine beauté qui vire à l’urgence médicale
Fin janvier 2026, Laura, collégienne de 14 ans, commande des faux cils et leur colle sur la plateforme Temu. Habituée à porter ce type d’accessoire, elle décide de les garder toute la nuit. Au réveil, elle constate quelque chose d’anormal.
« Mon œil était presque collé, purulent, je pouvais à peine l’ouvrir », confie-t-elle au média suisse 20 Minutes. Pensant à une irritation passagère, elle se rend malgré tout à l’école. Mais au fil des heures, les symptômes s’aggravent : démangeaisons intenses, rougeur vive, douleur persistante.
Dans la journée, la consultation médicale devient inévitable. Le diagnostic tombe rapidement : une inflammation oculaire sévère, directement liée au port prolongé de faux cils et à la colle utilisée.
Des complications oculaires de plus en plus fréquentes
Selon Alexandra Bograd, médecin-cheffe en ophtalmologie, ce type de cas n’est plus rare. « Nous voyons régulièrement des jeunes patientes consulter pour des inflammations du bord des paupières ou des réactions conjonctivales liées aux faux cils », explique-t-elle. Dans les situations les plus graves, certaines développent même des lésions de la cornée, pouvant menacer durablement la vision.
Les extensions de cils et les colles associées sont particulièrement problématiques lorsqu’elles sont portées trop longtemps, mal posées ou composées de substances irritantes. Or, la zone oculaire est l’une des plus sensibles du corps humain.
Cosmétiques low-cost et flou réglementaire
Si toute personne peut développer une allergie à un produit cosmétique, les achats effectués hors de l’Union européenne soulèvent davantage de questions. En Europe, les cosmétiques sont soumis à des règles strictes : déclaration complète des ingrédients, seuils de substances chimiques réglementés, contrôles de conformité.
Sur les places de marché internationales comme Temu, ces garanties ne sont pas toujours présentes. La plateforme met en relation des vendeurs du monde entier, dont certains ne respectent pas les normes européennes d’étiquetage ou de composition. Les colles pour faux cils, souvent à base de substances chimiques agressives, figurent parmi les produits les plus à risque.
Des adolescents exposés malgré des règles officielles
Officiellement, Temu réserve ses commandes aux personnes majeures. Dans les faits, de nombreux adolescents contournent cette règle en utilisant le compte ou la carte bancaire d’un parent ou d’un proche.
Les associations de consommateurs tirent la sonnette d’alarme depuis plusieurs mois. Une enquête européenne publiée fin octobre révèle que près de 70 % des produits testés sur Temu ne respectaient pas la réglementation en vigueur, et que plus de la moitié présentaient un risque réel pour la sécurité des utilisateurs.
La Commission européenne a elle-même ouvert une enquête sur la plateforme, évoquant un « risque élevé » de circulation de produits illégaux. Jusqu’ici, les alertes concernaient surtout des jouets, des chargeurs électriques ou des objets du quotidien. Les cosmétiques, et notamment ceux destinés à un usage proche des yeux, s’inscrivent dans la même zone grise.
Un avertissement pour les parents et les adolescents
Pour Laura, l’histoire s’est soldée par une inflammation sévère nécessitant un suivi médical, mais sans perte définitive de la vue. Pour d’autres, les conséquences pourraient être bien plus lourdes.
Cette affaire rappelle une réalité souvent sous-estimée : un produit cosmétique n’est jamais anodin, surtout lorsqu’il est appliqué près des yeux. Pour les parents, la vigilance est de mise face aux achats en ligne à très bas prix. Pour les adolescents, il est essentiel de comprendre que certaines économies peuvent coûter cher à la santé.
Derrière un regard « tendance » se cache parfois un danger invisible. Et lorsqu’il s’agit de la vue, le moindre risque mérite d’être pris au sérieux.