Un mois après l’incendie dramatique survenu à Crans-Montana lors de la soirée du Nouvel An 2026, les survivants entament une étape aussi douloureuse que décisive : celle de la reconstruction. Pour Matthieu, l’un des serveurs rescapés du bar Le Constellation, le réveil est brutal. Si la vie a été sauvée, le corps, lui, porte désormais des marques irréversibles.
Un drame aux conséquences humaines immenses
Dans la nuit du réveillon, l’incendie qui a ravagé l’établissement a fait plus de quarante victimes et laissé 116 personnes blessées, certaines très gravement. Près d’un mois plus tard, alors que l’émotion collective commence à retomber, les victimes découvrent peu à peu l’ampleur des séquelles physiques et psychologiques.
Hospitalisé dans le service des grands brûlés du centre hospitalier régional de Metz, Matthieu fait partie des rescapés dont l’état a longtemps été jugé critique. Brûlé à 25 % du corps, le jeune homme de 27 ans a subi deux infections sévères qui ont fait craindre le pire.
« On ne savait pas s’il allait s’en sortir »
Au micro de France Info, son père, Lionel Aubrun, raconte ces semaines d’angoisse extrême. Longtemps intubé, plongé dans un état de grande fragilité, Matthieu a frôlé la mort à plusieurs reprises.
« On nous a laissé comprendre que tout pouvait basculer à n’importe quel moment », confie-t-il.
Depuis, le combat est quotidien. Matthieu subit entre deux et trois opérations chirurgicales par semaine. Chaque intervention dure plusieurs heures et consiste à retirer la peau brûlée pour la remplacer par des greffes prélevées sur des zones saines.
Le choc du miroir
Si le visage de Matthieu a été épargné par les flammes, ses mains et d’autres parties essentielles de son corps ont été gravement touchées. Et c’est précisément à ce moment-là que le plus dur a commencé.
« Quand il a compris l’ampleur des dégâts, émotionnellement, il s’est effondré », explique son père. Matthieu pensait pouvoir reprendre le travail en quelques mois. Les médecins évoquent désormais une convalescence pouvant s’étendre sur un à deux ans, au minimum.
« Physiquement, il est très abîmé. Psychologiquement aussi », résume Lionel Aubrun avec pudeur.
Un corps méconnaissable
Aujourd’hui, Matthieu ne peut ni se tenir debout seul, ni se déplacer normalement. La fonte musculaire est impressionnante.
« C’est un jeune homme de 27 ans dans un corps de 97 ans », décrit son père. Celui qui mesurait 1,80 mètre, pesait 74 kilos et pratiquait le sport régulièrement, a perdu presque toute sa masse musculaire.
Pour l’équipe soignante, cette transformation brutale est l’un des aspects les plus difficiles à accompagner. Une infirmière du service des grands brûlés souligne que « l’acceptation de la nouvelle image de soi est une étape majeure, souvent très éprouvante pour les patients ».
Apprendre à vivre autrement
Au-delà des soins médicaux, les victimes doivent désormais réapprendre à habiter leur corps. Chaque geste du quotidien devient un apprentissage. Se lever, se laver, bouger les mains : tout demande du temps, de la patience et un immense courage.
Matthieu n’a pas encore été transféré en centre de rééducation. Le chemin qui l’attend est long, incertain, et semé d’épreuves. Mais, selon son père, il s’accroche désormais à de petits repères, à des détails, pour tenter de se reconstruire jour après jour.
Un combat silencieux, loin des flammes, mais tout aussi éprouvant.