Le squat n’est plus un phénomène marginal. Depuis plusieurs années, l’occupation illégale de logements explose en Europe, touchant aussi bien des particuliers que des investisseurs immobiliers. Résidences secondaires, logements vacants, biens en succession : aucun propriétaire n’est totalement à l’abri. Face à ce fléau, certains pays ont décidé de frapper fort, quitte à bouleverser leur arsenal juridique. Parmi eux, l’Italie fait figure d’exemple radical.
Le squat, un phénomène qui dépasse les frontières
Le squat désigne l’occupation d’un logement sans droit ni titre, sans contrat de location et sans l’accord du propriétaire. Il peut prendre plusieurs formes.
Dans certains cas, l’entrée se fait par effraction. Dans d’autres, plus insidieux, les squatteurs profitent d’un logement momentanément vide pour s’y installer discrètement, parfois en changeant les serrures ou en produisant de faux documents.
Longtemps perçu comme un problème ponctuel, le squat est devenu un sujet politique majeur dans de nombreux pays européens. La multiplication des témoignages de propriétaires démunis, parfois privés de leur logement pendant des mois, voire des années, a contribué à faire évoluer les mentalités.
L’Italie instaure des peines de prison inédites
C’est en Italie que le tournant est le plus spectaculaire. En 2023, plus de 50 000 logements y étaient occupés illégalement. Face à cette situation, le gouvernement a introduit un nouveau délit spécifique dans le Code pénal : l’occupation abusive de biens immobiliers.
Désormais, les squatteurs risquent de deux à sept ans de prison ferme lorsqu’ils s’installent dans un logement par la force, la menace, la fraude ou lorsqu’ils tirent profit de la revente ou de la sous-location d’un bien occupé illégalement. Les peines sont encore alourdies en cas de bande organisée ou d’occupation armée.
Autre nouveauté majeure : la justice peut ordonner une expulsion accélérée, sans attendre une décision définitive sur le fond. Les occupants illégaux qui quittent volontairement les lieux dans un délai de 30 jours après notification peuvent toutefois bénéficier d’une réduction de peine. Un système pensé pour combiner fermeté et efficacité.
Cette réforme s’inscrit dans la vaste « loi sécurité » portée par Giorgia Meloni, adoptée en juin dernier, et marque une volonté assumée de restaurer pleinement le droit de propriété.
La France durcit aussi le ton contre le squat
En France, le débat est tout aussi vif. Si le cadre juridique était longtemps jugé trop protecteur envers les occupants illégaux, la situation a récemment évolué.
Depuis la réforme votée en 2024, les propriétaires peuvent obtenir une expulsion en seulement 72 heures lorsque le squat est avéré. La trêve hivernale ne s’applique plus aux occupations illégales, permettant une intervention à tout moment de l’année, y compris en plein hiver.
Les sanctions pénales ont également été renforcées. Les squatteurs encourent désormais jusqu’à 7 500 euros d’amende et trois ans de prison dans les cas les plus graves. Les fournisseurs d’énergie ne sont plus autorisés à ouvrir des contrats dans un logement squatté, et les coupures d’eau, de gaz ou d’électricité sont possibles afin de protéger les droits du propriétaire.
Vers une approche européenne plus répressive ?
L’exemple italien illustre une tendance de fond : en Europe, la tolérance envers le squat recule nettement. Les États cherchent à rééquilibrer la protection du logement avec le respect du droit de propriété, longtemps considéré comme affaibli par des procédures trop lentes et complexes.
Si chaque pays conserve ses spécificités, un point commun se dessine clairement : l’occupation illégale n’est plus perçue comme une zone grise du droit, mais comme une infraction sévèrement sanctionnée. Pour les propriétaires, ces évolutions représentent un signal fort. Pour les squatteurs, le message est désormais sans ambiguïté : le risque pénal est réel, rapide et lourd de conséquences.