Et si certains aliments que nous consommons presque quotidiennement jouaient un rôle dans l’augmentation de certains cancers ? Un oncologue américain tire la sonnette d’alarme après avoir constaté une tendance préoccupante chez ses jeunes patients. En cause : une alimentation de plus en plus riche en produits ultra-transformés.
Biscuits industriels, plats préparés, sodas, céréales très sucrées ou encore snacks emballés… Ces produits font désormais partie de notre quotidien. Pratiques, rapides à consommer et souvent bon marché, ils occupent une place considérable dans nos assiettes. Pourtant, leurs conséquences potentielles sur la santé préoccupent de plus en plus les spécialistes.
C’est notamment le cas du Dr Nicholas DeVito, oncologue à l’université Duke, aux États-Unis, qui s’intéresse à l’augmentation de certains cancers chez les adultes jeunes.
Dans une tribune publiée en août 2024 dans le média médical STAT, le spécialiste évoque un phénomène qui l’inquiète particulièrement : la présence de plusieurs patients de moins de 45 ans parmi les nouveaux cas de cancers digestifs pris en charge dans son service.
Pour lui, cette évolution mérite que l’on s’intéresse davantage à nos habitudes alimentaires, et notamment à la consommation d’aliments ultra-transformés.
Cancer chez les jeunes : une évolution qui inquiète les oncologues
Longtemps considéré comme une maladie touchant principalement les personnes âgées, le cancer concerne également des adultes de plus en plus jeunes pour certaines localisations.
Le Dr Nicholas DeVito, spécialisé dans les cancers gastro-intestinaux, explique avoir été frappé par le jeune âge de plusieurs patients rencontrés dans sa pratique clinique.
Les cancers du côlon, de l’estomac et d’autres organes digestifs font notamment partie de ses préoccupations.
Cette observation s’inscrit dans une tendance plus large : l’incidence de certains cancers digestifs augmente chez les adultes de moins de 50 ans, même si les évolutions varient selon les cancers et les pays.
En France, les chiffres rappellent l’importance de cette maladie. Selon l’Institut national du cancer, environ 433 136 nouveaux cas ont été estimés en 2023, dont 245 610 chez les hommes et 187 526 chez les femmes.
Si le vieillissement de la population explique une part importante de l’augmentation du nombre de diagnostics, les chercheurs s’interrogent également sur l’influence des modes de vie modernes.
Parmi les pistes étudiées, une habitude alimentaire retient particulièrement l’attention.
Cette habitude alimentaire que l’on retrouve dans de nombreux foyers
Le principal sujet d’inquiétude du Dr DeVito concerne la consommation régulière d’aliments ultra-transformés.
Ces produits industriels sont souvent fabriqués à partir d’ingrédients raffinés et contiennent des substances utilisées pour améliorer leur goût, leur texture, leur couleur ou leur conservation.
Ils peuvent notamment comprendre :
- Les sodas et autres boissons très sucrées.
- Les biscuits, gâteaux et pâtisseries industriels.
- Certaines céréales du petit-déjeuner particulièrement sucrées.
- Les plats préparés et les nouilles instantanées.
- Les chips et snacks industriels.
- Certaines charcuteries et préparations à base de viande.
- De nombreux desserts industriels contenant divers additifs.
Tous ces aliments ne présentent pas exactement les mêmes caractéristiques nutritionnelles ni les mêmes risques. Toutefois, une alimentation qui leur accorde une place excessive peut favoriser une consommation importante de sucre, de sel et de graisses de mauvaise qualité, au détriment des fibres et d’autres nutriments essentiels.
Le problème ne vient donc pas nécessairement d’un aliment consommé occasionnellement, mais plutôt de l’accumulation de mauvaises habitudes alimentaires sur plusieurs années.
Pourquoi les aliments ultra-transformés pourraient-ils augmenter le risque de cancer ?
Plusieurs mécanismes sont actuellement étudiés par les scientifiques.
Le premier concerne la qualité nutritionnelle globale de l’alimentation.
Une consommation importante de produits ultra-transformés peut contribuer à un apport calorique excessif et favoriser le surpoids ou l’obésité, qui sont des facteurs de risque établis pour plusieurs types de cancer.
Le deuxième mécanisme possible concerne le microbiote intestinal, cet ensemble de micro-organismes vivant dans notre système digestif.
Certains additifs alimentaires, notamment des émulsifiants, sont étudiés pour leurs effets potentiels sur l’équilibre du microbiote et sur la barrière intestinale.
Des recherches expérimentales suggèrent que certaines substances pourraient favoriser des phénomènes inflammatoires dans des conditions particulières.
Toutefois, ces résultats ne permettent pas d’affirmer que tous les additifs sont dangereux ni qu’ils provoquent directement des cancers chez l’être humain.
Enfin, certaines méthodes de transformation ou de cuisson peuvent conduire à la formation de composés indésirables. Leur importance dépend de l’aliment, du procédé utilisé et de l’exposition réelle.
Les chercheurs cherchent encore à déterminer quelle part du risque éventuel est liée à la transformation industrielle elle-même et quelle part dépend de la composition nutritionnelle des produits.
Ce que disent réellement les études scientifiques
Plusieurs grandes études observationnelles ont mis en évidence des associations entre une consommation élevée d’aliments ultra-transformés et certains problèmes de santé, notamment les maladies cardiovasculaires, le diabète de type 2 et certains cancers.
Mais une distinction essentielle doit être faite.
Observer un lien statistique ne signifie pas automatiquement démontrer une relation de cause à effet.
Les personnes consommant beaucoup de produits ultra-transformés peuvent également présenter d’autres facteurs influençant leur santé, comme une activité physique insuffisante, une alimentation pauvre en fibres ou des habitudes de vie différentes.
Le Dr DeVito lui-même souligne les limites de la recherche nutritionnelle.
Il appelle ainsi à renforcer les investigations scientifiques et à mieux encadrer certains produits alimentaires, sans considérer que la question est définitivement résolue.
Il existe néanmoins des preuves beaucoup plus solides concernant certains facteurs alimentaires précis. C’est notamment le cas de la consommation de viandes transformées, reconnue comme cancérogène pour l’être humain par le Centre international de recherche sur le cancer, principalement en raison de son lien avec le cancer colorectal.
Comment reconnaître les aliments ultra-transformés dans les rayons ?
Pour identifier ces produits, les scientifiques utilisent notamment la classification NOVA.
Ce système répartit les aliments en quatre groupes selon leur degré et leur objectif de transformation.
Les fruits frais, légumes, œufs ou légumineuses nature appartiennent au premier groupe, tandis que les aliments ultra-transformés se retrouvent dans le quatrième.
Pour le consommateur, quelques réflexes permettent de mieux faire ses choix.
Lire la liste des ingrédients constitue une première étape intéressante. La présence de nombreux arômes, colorants, édulcorants ou agents de texture peut être un indice de formulation industrielle complexe.
Cependant, une longue liste d’ingrédients ne suffit pas, à elle seule, à déterminer si un aliment est mauvais pour la santé.
Il faut également tenir compte de ses qualités nutritionnelles, des portions consommées et de la place qu’il occupe dans l’alimentation générale.
Un produit conditionné dans un emballage ou ayant subi une transformation n’est pas nécessairement un aliment ultra-transformé.
Par exemple, les légumes surgelés nature, les légumineuses en conserve ou les yaourts nature peuvent parfaitement s’intégrer à une alimentation équilibrée.
Les habitudes alimentaires à adopter pour réduire les risques
Pour préserver sa santé, il n’est pas nécessaire de bouleverser complètement son alimentation du jour au lendemain.
Quelques changements progressifs peuvent déjà contribuer à améliorer la qualité des repas.
Privilégier les fruits et légumes, consommer régulièrement des légumineuses, choisir davantage de céréales complètes et cuisiner lorsque cela est possible constituent de bonnes bases.
Il est également recommandé de limiter les boissons sucrées, les charcuteries et les produits très riches en sel, en sucres ou en graisses saturées.
Les fibres jouent notamment un rôle important dans la santé digestive. Une alimentation riche en céréales complètes et en aliments végétaux est associée à un risque plus faible de cancer colorectal.
Mais la prévention ne se limite pas à l’assiette.
L’arrêt du tabac, la réduction de la consommation d’alcool, la pratique régulière d’une activité physique, le maintien d’un poids favorable à la santé et la participation aux dépistages recommandés restent essentiels.
Aucune habitude alimentaire ne permet, à elle seule, de garantir que l’on ne développera jamais un cancer.
Faut-il bannir définitivement tous les produits industriels ?
C’est une question que beaucoup de consommateurs peuvent se poser à la lecture de ces informations.
La réponse est non.
Manger occasionnellement une pizza industrielle, quelques biscuits ou un plat préparé ne signifie pas que l’on va développer un cancer.
L’objectif est avant tout de retrouver un équilibre et d’éviter que les aliments ultra-transformés deviennent la base quotidienne de l’alimentation.
Il faut également éviter de culpabiliser les personnes atteintes d’un cancer : cette maladie est multifactorielle et peut toucher des individus ayant une excellente hygiène de vie.
Le message du Dr Nicholas DeVito s’inscrit surtout dans une démarche de prévention et de réflexion sur l’environnement alimentaire moderne.
Une chose est certaine : accorder davantage de place aux aliments peu transformés, aux fibres et à une alimentation variée reste une stratégie pertinente pour protéger sa santé sur le long terme.
Et si le premier changement commençait simplement par regarder de plus près ce que contient notre assiette ?