Carine, 50 ans, décède après neuf années de souffrances liées à une opération contre l’incontinence : son mari témoigne

Ce qui devait être une intervention destinée à améliorer son quotidien s’est transformé en neuf années de douleurs et d’épreuves. Carine, une institutrice de 50 ans, s’est donné la mort le 18 juin 2026, après avoir souffert de complications apparues à la suite de la pose de bandelettes urinaires. Aujourd’hui, son époux Laurent raconte son histoire et réclame que toute la lumière soit faite sur les responsabilités médicales.

Elle espérait simplement retrouver une vie normale. Comme de nombreuses femmes confrontées à des problèmes d’incontinence urinaire, Carine avait choisi de faire confiance à la médecine. En 2017, cette enseignante en maternelle, installée dans les Bouches-du-Rhône, avait accepté une opération présentée comme une solution efficace à ses difficultés.

Mais les années qui ont suivi ont été marquées par des douleurs persistantes, des consultations médicales et plusieurs nouvelles interventions. Malgré ses efforts pour aller mieux, son état continuait de peser lourdement sur sa vie quotidienne.

Le 18 juin 2026, à l’âge de 50 ans, Carine est décédée par suicide. Son mari, Laurent, a décidé de prendre la parole dans les colonnes du Parisien, le 7 octobre 2026, pour raconter le calvaire traversé par son épouse et sensibiliser le public aux complications possibles de ces dispositifs médicaux.

Une opération contre l’incontinence qui bouleverse sa vie

Tout commence en 2017. Carine souffre alors de fuites urinaires, un problème qui concerne de nombreuses femmes et qui peut devenir particulièrement handicapant au quotidien.

Pour y remédier, une intervention chirurgicale lui est proposée : la pose d’une bandelette sous-urétrale. Ce dispositif médical, généralement fabriqué en polypropylène, est placé sous l’urètre afin de lui apporter un soutien supplémentaire et de limiter les fuites urinaires à l’effort.

Cette opération est une option thérapeutique reconnue dans certaines situations. Toutefois, comme toute intervention chirurgicale, elle comporte des risques qui doivent être expliqués aux patientes.

Selon Laurent, son épouse avait reçu un discours particulièrement rassurant avant l’intervention. Le couple ne s’attendait pas aux difficultés qui allaient suivre.

Dès son réveil, Carine aurait ressenti des douleurs pelviennes très importantes. Si celles-ci se sont atténuées dans un premier temps, elles sont ensuite réapparues, bouleversant progressivement son quotidien.

Neuf années marquées par des douleurs parfois insupportables

Au fil des années, la situation de Carine s’est compliquée. Trois ans après sa première opération, ses douleurs auraient connu une nouvelle aggravation.

Pour comprendre ce qui lui arrivait, l’institutrice a consulté plusieurs spécialistes et subi différents examens médicaux. D’autres interventions chirurgicales ont également été pratiquées dans l’espoir de soulager ses symptômes.

Mais les résultats espérés n’ont pas été au rendez-vous.

Certaines journées étaient particulièrement difficiles. D’après le témoignage de son mari, Carine avait parfois du mal à marcher ou même à rester assise sans utiliser un coussin.

Ces difficultés physiques avaient fini par affecter de nombreux aspects de son existence : les déplacements, les moments en famille, les activités ordinaires et son bien-être psychologique.

Malgré cela, elle tentait souvent de ne pas montrer l’ampleur de ses souffrances à ses proches.

Son histoire illustre les conséquences profondes que peuvent avoir certaines douleurs chroniques lorsqu’elles persistent pendant des années, notamment lorsqu’aucune solution durable ne semble se dessiner.

Les bandelettes urinaires : des complications qui font débat

Le cas de Carine s’inscrit dans une controverse sanitaire plus large concernant les bandelettes sous-urétrales utilisées dans le traitement de l’incontinence féminine.

Si ces dispositifs permettent à de nombreuses patientes de réduire leurs symptômes, certaines femmes signalent des complications importantes après l’intervention.

Parmi les problèmes reconnus figurent notamment les douleurs pelviennes persistantes, les infections, les difficultés urinaires et les complications liées au matériau implanté.

Des opérations supplémentaires peuvent parfois être nécessaires pour traiter ces complications, voire retirer le dispositif.

Les données rapportées sur des patientes opérées en France entre 2011 et 2018 montrent que 4,1 % des femmes ayant reçu un dispositif TVT et 3,3 % de celles ayant reçu un dispositif TOT ont dû subir une nouvelle intervention. Ces chiffres concernent les réopérations observées dans les populations étudiées et ne représentent pas l’ensemble des complications possibles.

Face aux témoignages et aux risques identifiés, les autorités sanitaires françaises ont progressivement renforcé les conditions d’utilisation et de prise en charge de ces dispositifs.

La Haute Autorité de santé insiste notamment sur la nécessité d’informer les patientes des bénéfices, des risques et des alternatives avant toute décision chirurgicale.

Plus d’une centaine de femmes ont engagé des démarches judiciaires

Carine n’était pas la seule à dénoncer les conséquences de ces interventions.

En novembre 2023, plusieurs dizaines de femmes avaient déjà témoigné publiquement de leurs difficultés après la pose de bandelettes urinaires.

Entre novembre 2020 et février 2025, 111 femmes ont déposé plainte contre X dans le cadre de cette affaire.

Carine avait elle-même été entendue par les gendarmes de Marseille en février 2024. Elle avait alors décrit son parcours médical et les souffrances qu’elle attribuait aux complications de son opération.

Les premières plaintes, qui visaient notamment des faits présumés de tromperie aggravée et de blessures involontaires, avaient été classées sans suite.

En mai 2026, 71 plaignantes ont déposé plainte avec constitution de partie civile afin de permettre la poursuite des investigations.

À ce stade, il reste essentiel de distinguer les complications médicales rapportées des éventuelles fautes et responsabilités, qui doivent être établies dans le cadre de la procédure judiciaire.

Son mari veut désormais faire entendre la voix de Carine

Après neuf années de souffrance, Carine a mis fin à ses jours le 18 juin 2026. Son décès a profondément bouleversé sa famille, notamment son époux Laurent et leurs deux enfants.

Son mari avait également été témoin de la détresse psychologique de Carine, qui avait traversé une grave crise en mars 2025.

Aujourd’hui, Laurent souhaite que le parcours de son épouse ne tombe pas dans l’oubli.

Il a notamment transmis des éléments de son témoignage à la journaliste indépendante Liane Courté, auteure du livre Les Mal Traitées, publié en octobre 2026 et consacré à plusieurs affaires sanitaires touchant les femmes.

Pour Laurent, la démarche n’est pas motivée par une recherche d’indemnisation financière. Son objectif est avant tout de comprendre ce qui s’est passé, de faire reconnaître les éventuelles responsabilités et d’éviter que d’autres patientes vivent une situation comparable.

Il espère également que le témoignage de son épouse encouragera les femmes confrontées à des complications médicales à demander de l’aide et à faire entendre leurs difficultés.

Ce qu’il faut savoir avant une opération contre l’incontinence

Ce drame rappelle l’importance d’une information complète avant toute intervention chirurgicale.

La pose d’une bandelette sous-urétrale peut être efficace pour traiter certaines formes d’incontinence urinaire d’effort. Elle ne constitue toutefois pas la seule solution disponible.

Selon la situation médicale, des approches non chirurgicales, notamment la rééducation périnéale, peuvent être envisagées. Lorsque la chirurgie est indiquée, les différentes techniques doivent être discutées avec les spécialistes.

Les patientes doivent pouvoir poser toutes leurs questions, connaître les complications possibles et disposer d’un délai de réflexion suffisant.

Après l’intervention, des douleurs importantes ou persistantes, des infections répétées ou des difficultés urinaires inhabituelles justifient une nouvelle évaluation médicale, si nécessaire auprès d’une équipe spécialisée.

L’histoire de Carine ne signifie pas que toutes les bandelettes urinaires présentent les mêmes risques, mais elle souligne combien le suivi médical, l’écoute des patientes et la prise en charge des complications sont essentiels.

Derrière les statistiques et les procédures, il y a des vies, des familles et parfois des années de souffrance. En racontant le parcours de son épouse, Laurent espère aujourd’hui contribuer à une meilleure reconnaissance de ces situations et empêcher que d’autres femmes ne restent seules face à leurs douleurs.

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