À 80 ans, Ginette refuse l’Ehpad et choisit de vieillir avec ses amies : sa colocation senior change tout

Vieillir seule dans une maison devenue trop grande ou quitter son quotidien pour entrer en Ehpad : pour Ginette, aucune de ces deux options n’était vraiment envisageable. À 80 ans, cette retraitée de Montauban a choisi une troisième voie. Avec plusieurs amies, elle vit désormais dans un habitat partagé pensé spécialement pour les seniors, où chacune conserve son indépendance tout en pouvant compter sur les autres.

Baptisé La Maison d’Isis, ce projet ressemble à une grande colocation, mais avec une différence essentielle : chaque résidente possède son propre appartement. Repas partagés, activités, sorties et discussions se mêlent ainsi à des moments de tranquillité derrière sa propre porte.

Une manière de vieillir autrement qui pourrait bien donner des idées à de nombreux retraités.

« Je ne voulais pas me retrouver seule »

Ginette avait depuis longtemps réfléchi à ses vieux jours. Veuve depuis plusieurs années et mère de deux filles vivant loin de chez elle, elle savait que la solitude pouvait devenir une réalité avec l’âge.

Elle avait également observé le vieillissement de ses propres parents et leur passage en maison de retraite. Une expérience qui lui avait laissé un souvenir difficile.

Pour autant, Ginette ne voulait pas davantage devenir dépendante de ses enfants. Son souhait était simple : rester autonome aussi longtemps que possible tout en évitant l’isolement.

L’idée d’un habitat partagé commence alors progressivement à prendre forme.

Pourquoi ne pas réunir plusieurs personnes âgées dans un même lieu, chacune chez elle, mais avec des espaces permettant de se retrouver lorsque l’envie ou le besoin se fait sentir ?

Le concept semble évident. Le mettre en œuvre l’est beaucoup moins.

Une idée née d’une peur très concrète

Un échange avec un voisin va notamment conforter Ginette dans son projet.

L’homme, dont l’épouse souffrait de la maladie de Parkinson, avait lui aussi imaginé créer une colocation avec des amis pour leurs vieux jours. Mais les années avaient passé. Certains membres du groupe avaient développé des problèmes de santé, d’autres étaient décédés, et le projet n’avait finalement jamais pu aboutir.

Pour Ginette, cette histoire agit comme un avertissement.

Il ne fallait pas attendre de perdre son autonomie pour réfléchir à la manière dont elle souhaitait vieillir.

Elle décide donc de s’y prendre suffisamment tôt.

Cette anticipation va devenir l’une des clés de la Maison d’Isis.

Près de dix ans pour transformer le rêve en réalité

Sur le papier, l’idée était séduisante. Dans la réalité, il aura fallu une détermination considérable.

Trouver un bâtiment adapté, convaincre les différents interlocuteurs, monter une association, travailler avec les collectivités et les bailleurs : le parcours s’étale sur plusieurs années.

Certains projets n’aboutissent pas. Des pistes disparaissent. Il faut parfois presque repartir de zéro.

Mais Ginette et ses amies refusent d’abandonner.

Après près d’une décennie de démarches, leur patience finit par être récompensée. La Maison d’Isis voit finalement le jour en 2025 à Montauban.

Et le résultat ne ressemble pas tout à fait à la colocation que l’on pourrait imaginer.

Douze logements privés autour d’un espace commun

La Maison d’Isis compte douze logements.

Chaque résidente possède son appartement, avec sa chambre, son espace de vie et sa salle de bains. Certaines disposent même de deux chambres.

Il ne s’agit donc pas de partager une cuisine ou une salle de bains avec dix autres personnes comme dans une colocation classique.

Le principe est plutôt celui d’un petit immeuble où les voisines auraient délibérément choisi de vivre ensemble.

Une grande salle commune permet ensuite à celles qui le souhaitent de se retrouver.

Cette organisation offre un équilibre particulièrement apprécié des résidentes : elles peuvent participer à la vie collective lorsqu’elles en ont envie, mais également rentrer chez elles et fermer leur porte lorsqu’elles souhaitent être seules.

Une maison pensée pour accompagner le vieillissement

Le bâtiment a aussi été conçu pour permettre aux habitantes d’y rester le plus longtemps possible.

La mobilité peut en effet évoluer rapidement avec l’âge. Un logement parfaitement adapté à 70 ans peut devenir beaucoup plus compliqué à 80 ou 85 ans.

Les aménagements ont donc été pensés en conséquence.

Portes suffisamment larges pour faciliter le passage, équipements adaptés aux personnes à mobilité réduite, rampes et installations permettant d’anticiper certaines difficultés : le but est d’éviter qu’une baisse de mobilité oblige immédiatement une résidente à déménager.

C’est tout l’esprit du projet : préparer le vieillissement avant que les problèmes apparaissent.

Yoga, cinéma, karaoké : ici, les journées sont rarement solitaires

Si chacune dispose de son propre appartement, la grande salle commune est rapidement devenue le centre de la vie collective.

Les résidentes y organisent régulièrement différentes activités.

Jeux de société, repas, séances de cinéma, karaoké, yoga sur chaise ou encore Qi Gong peuvent ainsi rythmer les semaines.

Mais la Maison d’Isis ne fonctionne pas comme un établissement proposant un programme obligatoire.

Chacune reste libre.

Certaines participent beaucoup, d’autres moins. Et personne n’est obligé de suivre une activité simplement parce qu’elle est organisée.

C’est précisément cette liberté qui séduit les habitantes.

Elles ne veulent pas vivre dans une structure où leur emploi du temps serait entièrement organisé à leur place.

Une véritable petite communauté

Au fil des mois, les résidentes ont créé leurs propres habitudes.

Elles peuvent aller ensemble au cinéma, assister à des événements culturels, se promener ou simplement discuter autour d’un café.

Ginette tient toutefois à une chose : ne pas transformer la maison en communauté coupée du reste du monde.

La vie à l’extérieur continue.

Famille, amis, commerces, activités culturelles ou promenades font toujours partie du quotidien.

L’habitat partagé doit permettre de lutter contre l’isolement, pas de créer un nouveau type d’enfermement.

Et quand les colocataires ne sont pas d’accord ?

Évidemment, vivre à proximité les unes des autres ne signifie pas être toujours d’accord.

Comme dans toutes les communautés, de petits conflits peuvent apparaître : utilisation d’un espace commun, organisation d’une activité, habitudes différentes…

Mais le fonctionnement de la maison possède un avantage considérable.

Lorsqu’une résidente souhaite retrouver son calme, elle peut simplement retourner dans son appartement.

La proximité existe donc sans supprimer l’intimité.

C’est probablement l’une des grandes différences avec certaines formes de colocation où presque tous les espaces sont partagés.

Les amies ne remplacent pas les professionnels de santé

Le projet possède néanmoins une limite importante.

Les habitantes ne sont pas là pour devenir les aides-soignantes les unes des autres.

Si l’une d’elles rencontre des problèmes médicaux ou perd une partie de son autonomie, des professionnels peuvent intervenir à domicile.

Certaines résidentes bénéficient déjà d’une aide adaptée à leur situation.

L’objectif n’est donc pas de supprimer tous les besoins d’accompagnement liés au vieillissement, mais de permettre aux habitantes de rester chez elles le plus longtemps possible.

Elles peuvent ainsi conserver leur cadre de vie, leurs habitudes et leurs relations sociales tout en recevant, lorsque cela devient nécessaire, une assistance extérieure.

Une alternative à l’Ehpad qui séduit de plus en plus

La Maison d’Isis illustre surtout une tendance plus large : de nombreux seniors souhaitent aujourd’hui imaginer d’autres manières de vieillir.

Entre le maintien à domicile totalement solitaire et l’entrée en établissement médicalisé, plusieurs solutions intermédiaires se développent.

Habitat participatif, résidence intergénérationnelle, béguinage ou colocation senior répondent à une même aspiration : rester indépendant sans rester isolé.

Pour les personnes encore autonomes, ces projets peuvent notamment permettre de conserver une véritable vie sociale.

Un voisin peut devenir un compagnon de promenade. Une porte située à quelques mètres peut rassurer lorsqu’une difficulté survient. Un repas partagé peut transformer une journée qui aurait autrement été passée seule.

À 80 ans, Ginette pense déjà aux générations suivantes

Ginette a aujourd’hui obtenu ce qu’elle recherchait lorsqu’elle a lancé son projet plusieurs années auparavant.

Elle possède son propre logement, continue de mener la vie qu’elle souhaite et sait que ses amies ne sont jamais très loin.

Pour elle, la Maison d’Isis ressemble finalement davantage à un petit village qu’à une maison de retraite.

Et après avoir consacré près de dix ans à donner vie à cette idée, elle aimerait désormais que l’expérience serve d’exemple ailleurs.

Car derrière son histoire se cache une question que de nombreuses familles devront probablement se poser un jour : comment voulons-nous vivre lorsque nous serons âgés ?

Ginette, elle, a choisi sa réponse bien avant d’y être contrainte : vieillir chez elle, entourée de ses amies, mais toujours libre de fermer sa porte.

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