La recherche contre le cancer du sein vient de franchir une nouvelle étape prometteuse. Des scientifiques américains ont identifié une molécule expérimentale capable de freiner le développement de l’une des formes les plus redoutées de cette maladie. Les premiers résultats obtenus en laboratoire et sur des modèles animaux ouvrent une piste encourageante pour de futurs traitements.
Même si cette découverte en est encore au stade expérimental, elle pourrait, à terme, changer la prise en charge d’un cancer particulièrement difficile à traiter.
Le cancer du sein triple négatif, l’un des plus difficiles à combattre
Parmi les différents types de cancer du sein, le cancer du sein triple négatif est considéré comme l’un des plus agressifs. Il représente environ 15 % des cas diagnostiqués dans le monde.
Sa particularité réside dans l’absence de trois récepteurs habituellement présents sur les cellules cancéreuses :
- les récepteurs aux œstrogènes
- les récepteurs à la progestérone
- la protéine HER2
Ces récepteurs constituent généralement des cibles pour de nombreux traitements modernes, notamment les thérapies hormonales ou certaines thérapies ciblées. Lorsqu’ils sont absents, les options thérapeutiques deviennent beaucoup plus limitées.
C’est précisément pour cette raison que les chercheurs cherchent activement de nouvelles stratégies pour combattre cette forme de cancer.
Une nouvelle molécule mise au point par des chercheurs américains
Une équipe de scientifiques de l’Université de l’Oregon a récemment dévoilé une molécule expérimentale baptisée SU212. Leur objectif : attaquer les cellules cancéreuses d’une manière totalement différente des traitements actuels.
Plutôt que de cibler des récepteurs hormonaux, cette molécule agit directement sur le métabolisme énergétique des cellules tumorales.
Les chercheurs ont observé que certaines cellules du cancer du sein triple négatif dépendent fortement d’une enzyme appelée énolase 1 (ENO1) pour produire l’énergie nécessaire à leur croissance.
Couper l’énergie des cellules cancéreuses
Pour se développer, les cellules cancéreuses ont besoin d’une grande quantité d’énergie. Cette énergie provient notamment du glucose, transformé à l’intérieur des cellules grâce à différentes réactions chimiques.
L’enzyme ENO1 joue un rôle essentiel dans ce processus.
La molécule SU212 agit en se fixant sur cette enzyme et en provoquant sa dégradation. En perturbant ce mécanisme, elle empêche les cellules tumorales de produire l’énergie dont elles ont besoin pour se multiplier.
Résultat : la croissance des cellules cancéreuses ralentit et les tumeurs peuvent même diminuer de taille.
Cette approche est particulièrement intéressante car elle s’attaque directement au “carburant” des cellules tumorales.
Des résultats encourageants lors des premiers tests
Pour tester l’efficacité de leur découverte, les chercheurs ont mené des expériences sur des modèles de souris reproduisant le cancer du sein triple négatif.
Les résultats observés sont prometteurs :
- la croissance des tumeurs a été ralentie
- certaines tumeurs ont même diminué de taille
- la propagation du cancer dans l’organisme a été limitée
Selon le professeur Sanjay Malhotra, principal auteur de l’étude, cette stratégie pourrait représenter une avancée majeure dans la lutte contre ce type de cancer.
Les scientifiques soulignent toutefois qu’il s’agit encore d’une étape préliminaire.
Une piste qui pourrait concerner d’autres cancers
L’intérêt de cette découverte pourrait aller au-delà du cancer du sein triple négatif.
L’enzyme ENO1 joue également un rôle important dans d’autres cancers particulièrement agressifs, notamment :
- certains cancers du pancréas
- certains cancers du cerveau
Si les recherches se confirment, la molécule SU212 pourrait donc ouvrir la voie à une nouvelle famille de traitements anticancéreux ciblant le métabolisme énergétique des cellules tumorales.
Les prochaines étapes de la recherche
Avant qu’un tel traitement puisse être utilisé chez les patients, plusieurs étapes restent nécessaires.
Les chercheurs devront notamment :
- poursuivre les études en laboratoire
- confirmer l’efficacité et la sécurité du traitement
- lancer des essais cliniques chez l’humain
Ce processus peut prendre plusieurs années, mais les résultats obtenus jusqu’à présent suscitent un véritable optimisme dans la communauté scientifique.
Une avancée qui nourrit l’espoir
Chaque progrès dans la recherche contre le cancer représente une nouvelle lueur d’espoir pour les patients et leurs proches.
La découverte de la molécule SU212 montre une fois de plus que la science explore aujourd’hui des approches innovantes pour combattre les cancers les plus résistants.
Même si le chemin vers un traitement disponible reste encore long, cette piste pourrait, à terme, offrir de nouvelles options thérapeutiques face à l’un des cancers du sein les plus redoutés.