Les rites funéraires évoluent avec leur époque. Après l’inhumation traditionnelle et la crémation par le feu, une troisième voie commence à attirer l’attention : l’aquamation. Cette méthode, parfois appelée « crémation par l’eau », est présentée comme une alternative plus respectueuse de l’environnement et pourrait bien transformer notre façon de penser les obsèques.
Alors que la crémation s’est largement démocratisée au cours des dernières décennies, certains pays commencent déjà à envisager des pratiques encore plus écologiques.
Une évolution des pratiques funéraires
Depuis plusieurs années, les habitudes changent. En France par exemple, la crémation représente aujourd’hui près de la moitié des obsèques, alors qu’elle restait extrêmement marginale dans les années 1980.
Cette transformation reflète une évolution des mentalités. Les familles cherchent souvent des cérémonies plus simples, parfois moins coûteuses, mais aussi plus respectueuses de l’environnement.
Car si la crémation est devenue courante, elle reste énergivore. On estime qu’une seule crémation peut produire environ 300 kilos de dioxyde de carbone. Face à cet impact écologique, de nouvelles solutions apparaissent.
C’est dans ce contexte que l’aquamation commence à faire parler d’elle.
Comment fonctionne l’aquamation ?
Le principe de l’aquamation repose sur un processus appelé hydrolyse alcaline. Plutôt que d’utiliser des flammes, cette technique utilise de l’eau chauffée et une solution alcaline pour accélérer la décomposition naturelle du corps.
Concrètement, le défunt est enveloppé dans un linceul biodégradable puis placé dans une cuve hermétique. Celle-ci contient un mélange composé majoritairement d’eau et d’une petite quantité d’hydroxyde de potassium.
Le liquide est ensuite chauffé à environ 150 degrés sous pression. Cette combinaison reproduit et accélère le processus naturel de décomposition.
À la fin du processus, il ne reste que les os. Ceux-ci sont nettoyés, séchés puis réduits en poudre, comme lors d’une crémation classique. Les cendres peuvent ensuite être remises à la famille.
Une alternative plus écologique
L’argument principal avancé par les défenseurs de l’aquamation est son impact environnemental beaucoup plus faible.
Selon plusieurs estimations, cette méthode émettrait jusqu’à sept fois moins de CO₂ qu’une crémation traditionnelle. Elle consommerait également moins d’énergie.
Pour les personnes sensibles aux enjeux écologiques, ce mode d’obsèques apparaît donc comme une option plus cohérente avec leurs convictions.
Certaines personnes vont même jusqu’à mentionner l’aquamation dans leur testament afin de s’assurer que ce procédé sera utilisé après leur décès.
Une pratique encore peu répandue en Europe
Malgré cet intérêt croissant, l’aquamation reste encore peu autorisée en Europe. La technique nécessite en effet des installations spécifiques et des réglementations adaptées, notamment pour le traitement des effluents.
L’Écosse vient toutefois de franchir une étape importante en donnant son feu vert à cette pratique. Les premières installations devraient voir le jour dans le pays dans les prochaines années, une fois les infrastructures nécessaires mises en place.
Dans d’autres régions du monde, l’aquamation est déjà utilisée depuis plusieurs années, notamment dans certains États américains.
Cette méthode a également été médiatisée en 2021 lorsque l’archevêque sud-africain Desmond Tutu a choisi ce procédé pour ses funérailles.
Les funérailles du futur ?
L’aquamation illustre parfaitement la transformation progressive des rites funéraires. Entre préoccupations environnementales, évolution des mentalités et nouvelles technologies, les façons d’accompagner les défunts continuent de se diversifier.
Si cette méthode reste encore marginale aujourd’hui, son développement pourrait s’accélérer dans les prochaines années, à mesure que les sociétés cherchent des solutions plus durables.
Une chose est certaine : même dans un domaine aussi ancien que les rites funéraires, l’innovation continue de bousculer les traditions.