“Je ne pouvais pas laisser le service en plan” : une infirmière marche 10 km dans la neige pour assurer sa garde de nuit

Il y a des soirs où l’on pourrait légitimement renoncer. Quand les routes sont bloquées, que la météo passe en vigilance orange et que le froid vous coupe le souffle. Ce genre de soirée où l’on se dit que personne ne vous en voudra si vous restez chez vous, au chaud, en sécurité.

Et pourtant, ce lundi 5 janvier, dans le Morbihan, une infirmière bretonne a fait exactement l’inverse. Elle a choisi de marcher. Dix kilomètres. Dans la neige. Pour rejoindre son hôpital à Vannes et assurer sa garde de nuit.

Son nom : Janick Dano.

Une décision qui, en quelques heures, est devenue bien plus qu’un simple trajet. Un récit inspirant de solidarité, de courage… et d’humanité.


Une journée ordinaire… jusqu’à ce que tout bascule

Ce matin-là, Janick Dano rentre tout juste de vacances à Tenerife, en Espagne. Elle récupère sa voiture à Rennes et prend la route vers son domicile, à Locqueltas.

Il est 14 h 30 lorsqu’elle reprend le volant. À son arrivée, quinze minutes plus tard, la neige commence à tomber.

Sur le moment, elle trouve ça presque beau. Un décor d’hiver, calme et lumineux. Mais cette beauté va rapidement se transformer en source d’inquiétude.

Car quelques heures plus tard, le département est en vigilance orange. Et son service, lui, ne s’arrête pas.

À 21 h, Janick doit être au Centre hospitalier Bretagne Atlantique, à l’hôpital de Vannes, pour prendre son poste de nuit en chirurgie.


La neige paralyse les routes, mais pas la détermination

La voiture reste au garage. Les routes blanchissent. Les véhicules s’immobilisent, les axes deviennent impraticables, et le doute s’installe.

Janick hésite. Elle réfléchit. Elle appelle sa cadre plusieurs fois pour faire le point. Elle tâtonne, ne sait pas vraiment quelle solution adopter.

Puis vient cette phrase, simple, mais révélatrice de son état d’esprit :

“Je ne pouvais pas laisser le service en plan.”

Alors qu’en fin d’après-midi, vers 17 h 30, le ciel se dégage légèrement, Janick décide de ne plus tergiverser.

À 17 h 55, elle quitte sa maison à pied.


10 kilomètres dans la neige, une lampe frontale et un objectif

Elle enfile ses moufles, ses après-ski, prend une lampe frontale. Elle suit son itinéraire habituel de cycliste entre Locqueltas et Vannes.

Environ 10 kilomètres.

Deux heures de marche, dans un décor irréel. Un calme étrange, presque apocalyptique selon ses propres mots. Sur certains tronçons, les voitures sont à l’arrêt. Les conducteurs sortent, discutent, cherchent des solutions, certains partent eux aussi à pied pour retrouver un proche.

Dans cet immobilisme forcé, quelque chose se crée : une sorte de solidarité silencieuse.

Une atmosphère particulière, comme si la tempête gelait tout… sauf l’entraide.


Une arrivée à l’hôpital… avec une heure d’avance

Quand Janick pousse enfin la porte de l’hôpital de Vannes, elle réalise qu’elle est arrivée avec une heure d’avance sur sa prise de poste.

Le personnel est étonné de la voir.

Certains soignants de jour ont même décidé de rester dormir sur place pour pouvoir être présents le lendemain matin.

Ce soir-là, malgré la météo, le service tient grâce à une chaîne humaine invisible : ceux qui se déplacent, ceux qui restent, ceux qui s’organisent, ceux qui assurent la continuité coûte que coûte.

Janick enchaîne ensuite une nuit complète en chirurgie. Comme prévu. Comme si de rien n’était.


Une fatigue immense… et une fierté évidente

Après son service, elle ressent évidemment la fatigue. La marche, le froid, l’effort, puis la garde de nuit : le corps finit toujours par rappeler qu’il a ses limites.

Mais quand elle raconte son expérience, c’est avec le sourire. Et même une forme de satisfaction.

Elle avoue avoir été fière d’elle. Et surtout, touchée par l’intensité du moment.

Ce qu’elle retient, ce n’est pas la douleur ni les pieds meurtris. Ce sont les images, le paysage, la nature, la sensation d’avoir traversé quelque chose d’unique.

Comme si, au milieu du chaos, il y avait eu une parenthèse de beauté.


Le lendemain, une aventure qui continue

L’histoire ne s’arrête pas à l’hôpital.

Le lendemain matin, Janick va se reposer chez une amie à Vannes. Puis elle tente de rentrer chez elle en bus. Mais le bus s’arrête au collège de Saint-Avé, incapable d’aller plus loin.

Épuisée, elle décide de faire du stop.

Elle arrive chez elle vers 17 h 20. Encore une fois, elle décrit un paysage magnifique.

Et surtout, elle retient une chose essentielle de cette aventure :

Cette histoire montre à quel point les gens peuvent se montrer soudés. C’est rassurant quand on voit le monde dans lequel on vit.


Une histoire simple… et profondément inspirante

Ce que Janick Dano a vécu, beaucoup l’appelleront “un bel exemple”.

Mais au fond, c’est plus que ça.

C’est le rappel que, même quand tout se bloque, certains continuent d’avancer. Pas par héroïsme, pas pour se faire remarquer, mais parce qu’ils savent que d’autres comptent sur eux.

Dans l’ombre des services hospitaliers, il y a des femmes et des hommes qui se battent chaque jour pour que la vie continue.

Et parfois, il suffit d’une marche de 10 kilomètres dans la neige pour nous le rappeler.

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